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Ebenezer Graymes

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01032010

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Ebenezer Graymes




IDENTITÉ DE MON PERSONNAGE


  • Nom : Graymes
  • Prénom : Ebenezer
  • Âge : 40 ans
  • Poste : Professeur de défenses magiques


HISTOIRE

SHARI DANN



Avant de s'appeler Ebenezer Graymes, l'homme qui devrait un jour devenir professeur à Poudlard était un simple fils de noble français. Au 11ème siècle de notre ère, il appartenait à la famille Dann, qui dirigeait d'une main de fer sa seigneurie dans le duché de Normandie. La famille Dann était originaire des Vikings, ces peuples sauvages qui ravagèrent la France, et qui parvinrent à obtenir, de la part du Roi de France, le contrôle du puissant duché de Normandie. C'était en 911. Le traité de Saint-Clair sur Eupte allia les Vikings sous la bannière de Rollon au roi Charles le Simple. Certains vikings puissants désapprouveront toutefois cette alliance, en considérant que Rollon pouvait, en s'alliant avec d'autres tribus, avoir plus que le simple duché de Normandie. Ce sera notamment le cas de la famille Dann, mais dont l'avis ne sera guère entendu, celle-ci étant secondaire par rapport à Rollon. De ce refus d'écouter l'avis de Dann, naîtra une discorde entre les deux, qui ne se résoudra jamais. Les siècles s'écouleront ensuite jusqu'au 11ème siècle. La tristement célèbre seigneurie de Dann faisait trembler de fureur tous ses voisins, parvenant jusqu'aux oreilles du Roi. Cette seigneurie, comme chaque seigneurie de l'époque féodale, fonctionnait selon son propre système législatif, et celui des Dann était particulièrement... répressif. Lozariat Dann, puisque c'était son nom, avait développé sa propre conception de l'ordalie, et mis en vigueur le système de la prima nocte, qui fera frémir de rage tous ses voisins. Lozariat était un guerrier, qui pensait que seule la terreur pouvait permettre d'être puissant. Il fabriquera lui-même les légendes attestant qu'il était un seigneur monstrueux, pratiquant lui-même ses interrogatoires, ou mangeant de la chair humaine le soir, s'adonnant à des pratiques cannibales et satanistes. L'excommunication que l'Église finira par prononcer à son encontre se contentera de le faire rire. Cruel et sadique, Lozariat aura une solide armée, la plus puissante du duché de Normandie, ce qui l'amènera à de nombreuses reprises à voir des coalitions de petits seigneurs se liguer contre lui. Les guerres que fera Lozariat lui permettront d'étendre son étendard sur ces petits domaines, où il avait pour habitude de prendre les filles des seigneurs vaincus pour pouvoir les violer dans son château.

Lozariat ne se mariera jamais. Ses concubines se suicidaient toutes avant, ou essayaient infructueusement de le tuer. Il n'était pas magicien, non, mais donna naissance à deux frères jumeaux, probablement en violant une paysanne qui avait un fort potentiel magique. La femme mourut en les mettant au monde, et Lozariat choisit bizarrement de les éduquer au lieu de les détruire. La raison en était qu'il était ressorti d'une bataille particulièrement périlleuse où la lame d'un chevalier lui avait perforé le foie, manquant le tuer, lui faisant comprendre qu'il lui fallait impérativement une descendance. Pelar et Shari Dann naquirent ainsi au monde. Ils devinrent de redoutables guerriers, et Lozariat ne tarda pas à comprendre qu'il avait affaire à de redoutables magiciens. Il en fit donc des seigneurs, et chercha toujours à les liguer entre eux, afin qu'ils s'affrontent, et que le meilleur gagne. Il ne réussit que partiellement. Shari et Pelar s'entre-tuèrent à de nombreuses reprises, mais sans jamais réussir à gagner sur l'autre.

Entre-temps, au niveau politique, une guerre s'annonçait contre l'Angleterre. Guillaume, duc de Normandie, l'envisageait. Guillaume, l'éternel rival de Lozariat, qui avait vaincu ce dernier à la bataille de Val-ès-Dunes en 1047. Lozariat rejoindra néanmoins Guillaume quand ce dernier envahira l'Angleterre. Trop vieux pour s'y rendre en personne, Lozariat y enverra ses deux fils, Pelar et Shari, qui participèrent à la décisive bataille d'Hastings en 1066, sonnant le glas du concurrent de Guillaume, Harold.

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 01 - La bataille d'Hastings

L'armée normande toisait les étendards saxons sur la colline de Santlache. Empêtrée dans son armure noire, Shari tourna la tête vers son frère, sur son cheval. Impassible, derrière son heaume, Pelar regardait les hostilités commencer, mais Shari ne s'y trompait pas. Tout comme lui, Pelar s'ennuyait profondément. Ils avaient traversé la Manche, heureux à l'idée de pouvoir se battre. Car, enfin, se battre contre les quelques seigneurs voisins, torturer les prisonniers et les battre à mort en leur promettant la libération s'ils parvenaient à gagner en combattant leur bourreau étaient certes des choses attractives, mais là, tout de même... C'était une véritable guerre ! Tout autour de lui, Shari les voyait : Bretons, Flamands, Francs, Normands... Une vraie sauterie ! On était venu de loin pour ce carnage, et il sentit son cœur se gonfler de joie en les voyant tous, dans leurs sinistres armures, épées à la main, n'attendant qu'un geste du Duc pour combattre. Pour le moment, quelques archers s'amusaient à se tirer mutuellement dessus. Le gros des troupes attendait en grognant. Guillaume dut cependant finir par comprendre que les archers nombreux, certes nombreux, étaient en position désavantage par rapport aux archers d'Harold, perchés sur leur colline.

"Ne voit-il pas que nous n'avançons à rien ? Cette attente interminable me crispe... grogna Pelar.
- Fais preuve de patience, mon frère. Cet idiot de duc finira bien par comprendre qu'il faut envoyer la cavalerie quand tous ses archers se feront massacrer, le rassura Shari.
- Au diable le duc, au diable ses prétentions sur le trône ! Ai-je traversé la mer pour assister à un concours de tirs à l'arc ? explosa Pelar en hennissant son cheval, brandissant son épée. A moi mes hommes !"

Shari sourit discrètement en rabaissant la visière de son heaume, et planta ses éperons dans les flancs de sa bête, qui rugit en bondissant à la suite de son frère. Shari fit tournoyer son épée, et ce fut le branle-bas-de-combat. Il entendit en riant le duc leur hurler de stopper, puis s'élança à leur suite. Une salve de flèches en provenance des Saxons fila vers eux, et Shari aperçut un cavalier à côté de lui se recevoir une flèche dans le ventre, qui le déstabilisa et le fit tomber de son cheval, le faisant rouler sur le sol, où il fut piétiné par d'autres cavaliers, un sabot s'enfonçant à l'emplacement de son crâne, pulvérisant son heaume, ainsi que ce qui se trouvait à l'intérieur. Shari n'y prêta plus attention, voyant Pelar foncer avec plusieurs cavaliers sur un groupe de fantassins adverses équipés de gros boucliers et de longues lances. Shari sourit en fonçant, lui, vers le gros des lignes ennemies, en tête. Il fit tournoyer son épée dans le ciel en l'abaissant vers la tête d'un soldat terrorisé. La lame trancha sa gorge, et un chapelet de sang s'envola brièvement dans le ciel, tandis que l'homme tombait lourdement sur le sol. Plusieurs lances s'enfoncèrent dans le corps de son cheval, qui hennit douloureusement en se cambrant. Shari sauta au sol, faisant tournoyer sa lame rouge an visant les quelques soldats qui s'avancèrent vers lui. Avec son armure noirâtre, sa longue épée et ses cornes noirâtres, il était assez impressionnant.

"Allez, bandes de lâches, murmura-t-il entre ses lèvres, venez, venez !" finit-il par rugir en s'élançant.

Son armée s'abattit lourdement sur le bouclier d'un soldat, et il para se se retournant la faible épée d'un adversaire, lui envoyant un coup de pied dans le ventre qui le plia en deux. Shari fit tournoyer sa lame en se repliant en arrière, l'enfonçant dans la côte de maille du malheureux soldat, avant de la retirer en gratifiant ses ennemis d'un sourire. Le sang dégoulinait de l'épée, et il pouvait voir l'horreur dans les yeux des soldats. Shari se rua vers eux...


Guillaume le Conquérant deviendra Roi d'Angleterre à la fin de l'année 1066, et en profitera pour réorganiser le royaume en devenant un roi puissant, contrairement au Roi français. Lozariat Dann désapprouvera un tel choix. Les actes de bravoure dont avaient fait preuve ces fils durant la bataille avaient surpassé ceux du duc, qui était tombé durant la bataille... Mais la politique n'intéressait guère Shari et Pelar. Cette bataille et les raids qui avaient suivi leur avaient démontré à quel point la guerre était une chose gratifiante. Ces redoutables guerriers deviendront dès lors des mercenaires, et apprendront progressivement qu'ils sont des magiciens. Désireux de pouvoir se perfectionner, ils se rendront à une école qui venait récemment d'être créée en Angleterre, Poudlard. Les prétentions des magiciens, de vouloir former un monde magique ne tenant pas compte des guerres entre humains, n'étaient pas absolues. La réputation des Dann était connue au sein des magiciens, mais leur potentiel magique important en faisait des cibles de choix. Les magiciens de Poudlard espéraient pouvoir les contrôler en les ayant à proximité d'eux. Ils les aidèrent donc à développer leurs pouvoirs, mais ne parvinrent pas vraiment à les contrôler. Prétextant des obligations familiales, Lozariat se mourant, Pelar et Shari quittaient fréquemment Poudlard, mais se rendaient rarement dans l'ancienne seigneurie. En vieillissant, Lozariat avait perdu de l'influence, et avait du essuyer des révoltes cuisantes de la part de ses leudes.

Peu à peu, Pelar et Shari commencèrent eux aussi à vieillir, et à redouter ce qui avait fini par vaincre leur père : la mort. Ce sujet devint entre eux une obsession. Prenant conscience de leur situation de mortels, ils réalisèrent qu'ils tenaient trop à la vie pour mourir, et décidèrent de trouver un moyen pour contourner la mort, à l'aide de la magie. Ils menèrent donc leurs investigations au sein de Poudlard, interrogeant les quatre fondateurs pour en savoir plus. Nul ne sait vraiment comment ils finirent un jour par apprendre l'existence du Grimoire des Fondateurs, ni comment ils finiront par pouvoir le consulter. Les Dann obtenaient toujours tout ce qu'ils voulaient, et c'est ainsi qu'ils apprirent qu'il était possible, via les Horcruxe, de triompher de la mort. De très anciens rites occultes, interdits même par les magiciens, permettaient à certains mages noirs de pouvoir dissocier l'âme spirituelle du corps physique, de telle mort qu'une réincarnation dans un autre corps était possible. Cette variante du concept de l'Horcruxe n'était pas sans danger, et devait essentiellement se faire avec des nouveaux-nés. La technique consistait en effet à prendre possession d'un corps en détruisant l'esprit se trouvant à l'intérieur, ce qui est loin d'être simple, et totalement impossible quand un esprit commence à être formé. De ce Grimoire, les Dann apprirent également d'autres enseignements, et décidèrent de s'allier pour l'éternité...

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 02 - Les secrets du Grimoire des Fondateurs

Cette partie de Poudlard était sombre et silencieuse. Les étudiants comme les professeurs évitaient de s'y rendre, peu importe l'heure de la journée. Une salle austère et froide, qui comprenait en son centre un guéridon sur lequel trônait un épais livre. C'était ce livre-là qui expliquait leur présence. Pelar le consultait silencieusement, retournant lentement les pages.

"Je crois qu'il y a là-dedans tout ce qu'il nous faut... Tu ne crois pas ? demanda silencieusement Pelar.
- Je crois surtout que ce que nous comptons faire présente un danger dont il vaut mieux tenir compte. "Perte de mémoire cognitive"... "Dissonance mentale"... Les effets secondaires d'une telle expérience sont assez effrayants, tu ne trouves pas ?
- Plus effrayant que la perspective de mourir ?
- Certes non, mais il y a des risques dont nous devrions, je pense, tenir compte...
- Et c'est précisément ce que je fais en consultant ce bouquin. Il me faudrait toute une vie pour le comprendre intégralement...
- Médiocre choix de mots. C'est l'éternité que nous aurons pour consulter ce livre !
- L'éternité ? Je ne pense pas que les vieux boucs résidant ici accepteront gentiment qu'on parte avec leur grimoire. Ils parlent même de nous radier. Ta récente utilisation de l'"Avada Kedavra" a profondément choqué, Shari... Je t'avais pourtant recommandé d'être prudent...
- Nous n'avons pas à les craindre. Ils ont peur d'utiliser leur puissance, en parlant d'un "équilibre magique" aussi superflu que pathétique. Ils n'ont juste pas le potentiel magique dont nous, nous disposons. Pense-y, Pelar : deux jumeaux issus de la magie. Notre force est suffisamment considérable pour que nous puissions sans problème comprendre ce livre, et je ne vois pas en quoi nous devrions avoir peur de cette soi-disante école. Ils nous ont offert la possibilité de découvrir notre potentiel, et je compte pour cela les remercier comme il se doit. N'es-tu pas d'accord avec moi ?"

Pelar ne répondit pas, sentant que cela était superflu. Shari soupira en s'asseyant dans un coin de la pièce, consultant ses longs ongles noirs et pointus. Il regarda distraitement sa baguette, la trouvant inutile. Une épée lui semblait bien plus jouissive pour tuer quelqu'un, mais il avait vite compris qu'un fantassin ne pouvait pas faire grand-chose contre un sorcier, qui pouvait le désarmer à l'aide d'un simple sort élémentaire. De telles pratiques avaient rebuté Shari au début, avant qu'il ne comprenne vraiment leur utilité. Dans cette petite auberge, par exemple, dans un village au nord de l'Écosse, il avait pu constater la grande efficacité de sorts permettant de figer ses interlocuteurs. Cela avait été plus qu'efficace avec cette belle blonde plantureuse. L'évocation de cette nuit festive, qui s'était terminée par l'incendie de l'auberge, le fit sourire de plaisir. Il ne voulait pas mourir, non, il avait encore trop de contrées à visiter, trop de femmes à essayer. Il aimait tout simplement la vie et les petits plaisirs constants qu'elle pouvait offrir. Il fut coupé dans son mutisme en entendant des bruits de pas précipités, et se dressa instinctivement en brandissant sa baguette. La porte s'ouvrit brutalement, livrant place au professeur qui les avait aidé à atteindre le Grimoire, leur contact au sein de Poudlard. Demius Forge. Un type nerveux, qui était follement amoureux d'une femme. Il avait été leur moyen de s'infiltrer, et de découvrir l'emplacement du Grimoire. Ils avaient tout simplement capturé sa femme, et avaient eu une longue conversation avec Demius. Piètre magicien, il savait qu'il ne pourrait rien faire contre les deux frères réunis, et qu'alerter les fondateurs du chantage pesant sur ses épaules condamnerait automatiquement sa femme. Il savait où elle se trouvait, bien entendu. Ce n'était un secret pour personne : après la mort de Lozariat, Pelar et Shari avaient hérité du domaine, et y avaient entreposé Sabrina, sa femme. Demius avait été très coopératif quand Shari lui avait remis le bout d'un des doigts de sa femme. Quand il le vit, Shari vit instinctivement sa baguette pointée vers son frère, et haussa un sourcil.

"Rendez-là moi ! hurla-t-il, désespéré. Je n'aurais jamais du vous faire confiance, vous donner accès à cet endroit... Rendez-vous, ou par Dieu... !
- Tiens ? Tu te mets à croiser en Dieu, maintenant, Forge ? sourit Pelar en se retournant tranquillement. Il ne t'a pas été très utile pour le moment...
- Taisez-vous !!! J'ai averti Salazar, oui, je l'ai averti, il arrive ! Vous allez me rendre ma femme, déposer vos baguettes, et... !
- Tu m'ennuies, Forge. Que penses-tu pouvoir faire contre nous, hein ? rigola Pelar.
- J'ai appris de nouveaux sorts, des sorts terribles, à la puissance inimaginable... Jamais je n'aurais pensé devoir un jour les utiliser, mais je sens que je n'ai pas le choix... gronda-t-il, sa baguette tremblotant nerveusement. Rendez-vous, c'est mon dernier avertissement !
- Il m'ennuie, soupira Shari. Pelar, sois gentil, tue-le, ou je ne sais pas, moi... Fais quelque chose, au lieu de rire bêtement !
- Aaaaahhh !!! rugit Demius. Il suffit ! Dieu me pardonne, mais je n'ai pas le choix ! AVADA KEDAVRA !"

Un rayon verdâtre sortit de la baguette de Demius, l'éblouissant légèrement d'une aura verdâtre. Le sortilège sifflota vers Pelar, qui remua légèrement sa baguette. Le rayon vert se dilua dans l'air à quelques centimètres de lui, comme s'il avait éclaté en cours de route.

"Allons, allons, Demius, ne sais-tu pas qu'utiliser un tel sort est contraire à l'éthique des Fondateurs ? murmura Shari. Expelliarmus !"

Aussitôt dit, aussitôt fait. La baguette de Demius s'envola de ses doigts. A l'aide d'un "Accio", Pelar la récupéra, et la brisa en deux entre ses doigts, se frottant le bout des doigts pour faire tomber les brindilles sur le sol. Demius déglutit en les regardant tous les deux.

"Tu sais que ta femme a été très consentante ? Très agréable, oui, je me dois de l'admettre. Si tu savais les nuits que nous avons passé ensemble... Il est des sortilèges très efficaces, Demius. Regarde, je vais te montrer ce qui nous amuse récemment, mon frère et moi... Impero !"

Demius se prit la tête entre les mains, tombant à genoux. Mais sa résistance mentale était inexistante, et Pelar soupira devant la facilité qu'il avait à entrer en lui.

"Le viol est une chose navrante dans le sens où la femme essaie perpétuellement de se débattre... Si, si, Demius, c'est en définitive assez embêtant de ne pas pouvoir profiter de la douceur d'une femme. Fort heureusement, tes maîtres, que tu appelles comme un chien apeuré, ont évoqué dans leur grimoire des sorts très efficaces pour contrôler un homme ou une femme. Tu veux voir jusqu'à quel point ça l'est ? Non, je ne pense pas que tu le souhaites, mais tu n'as de toute manière pas voix au chapitre. Attrape ! Allons, Demius, un peu plus de réaction ! Prends donc ce poignard, vas-y, prends-là, n'aie pas peur ! Là, voilà, tu vois comme c'est facile ! Tu es bien fait pour être avec Sabrina, vous êtes aussi obéissants l'un que l'autre, aussi prompts à vouloir nous satisfaire. Regarde ce couteau, regarde-le bien. Je l'ai récuré et lavé, mais sache que c'est avec ce couteau que ta femme s'est tranchée le doigt que tu conserves soigneusement en nous maudissant. Tu vois comme il est mensonger et blessant de nous dire que nous sommes responsables de sa mutilation. Nous n'avons fait que lui suggérer de se découper en rondelles ! Peut-être qu'elle a aimé ça, après tout ? Non, qu'en dis-tu ? Ah, bon... Tu ne sais pas... Tout membre d'un couple doit savoir sur le bout des doigts ce que l'autre aime ou pas... Tu vas donc toi aussi le savoir, et tu ne pourras que nous en remercier. Tranche-toi le doigt, mon brave Demius. C'est un ordre ! Non, non, ne tremble pas comme une feuille, voyons ! Lève le bras, lève-le, voilà, comme ça, comme un boucher qui tranche le cou d'un poulet. Vise bien ton doigt, et lance le couteau, ce n'est pas plus compliqué que ça. Là, tu es prêt ? Non, ne pleure pas, tu vis une expérience fascinante. Abats-le !!
- Il suffit", rugit une voix en entrant soudain dans la pièce, agitant sa baguette pour désenvoûter Demius.

L'inconnu envoya un sort vers Demius qui le fit tomber en profonde léthargie. Salazar Serpentard regarda d'un air mauvais les deux frères jumeaux, Pelar à la longue chevelure et Shari aux cheveux courts. Ses yeux brûlaient d'une haine peu coutumière.

"Voilà pourquoi les Sang-de-Bourbe ne doivent pas connaître la magie, gronda-t-il. Des humains normaux utiliseront la magie à des fins personnels, au lieu de servir l'intérêt de la magie. Voilà pourquoi Godric m'exaspère, à refuser de comprendre cette simpliste vérité. Accorder le droit aux Sang-de-Bourbe de pratiquer la magie, c'est l'offrir aux rois, aux clercs, à ces Lords qui ne peuvent s'empêcher de se faire la guerre entre eux pour un lopin de terre ou le cul d'une donzelle. J'ai commis une erreur en acceptant de vous accueillir en notre sein, et je vais la réparer !
- Avada Kedavra !" scanda Pelar sans attendre.

Salazar para le sort avec sa baguette, l'envoyant rebondir contre un mur, et pointa la sienne sur Pelar.

"Pour qui me prends-tu, Pelar ? Tu utilises mes propres sorts contre moi ? Ceux que j'ai consignés dans ce livre ? Te moquerais-tu de moi ? Expelliarmus !"

Pelar sourit en sentant sa baguette trembler, mais supporter le sort de Serpentard. Ce dernier grimaça.

"Cette bataille ne se règlera pas avec de simples sorts, contre lesquels vous vous êtes bien protégés...
- Nous savions parfaitement que Demius craquerait, et qu'il se confierait à vous, répondit sur la confidence Shari. Vous auriez du nous laisser le tuer, il n'est pas fiable, même en étant issu de deux sorciers...
- Vous avez commencé à consulter le Grimoire, fort bien, mais je vous domine largement. Rendez-vous, ou il vous en cuira !
- Nous n'aurions pas du nous amuser avec Demius... soupira tristement Shari. Pardonne-moi, mon frère, j'ai perdu trop de temps, un temps qui nous aurait été fort précieux...
- Je te pardonnerai toujours tout. Ce n'est pas grave, nous avons ce que nous voulons, et nous préférons abandonner Poudlard dans la querelle entre ses fondateurs. Votre utopie s'effondrera, Serpentard. Les rois s'intéressent énormément à la magie, et ils sauront vous forcer à obéir...
- JAMAIS ! rugit Salazar. Votre mutinerie s'arrête ici..."

A l'aide d'un sortilège, Pelar récupéra le poignard de Shari, et le palpa entre ses doigts en souriant légèrement à Salazar, qui comprit trop tard, bien trop tard, que ce poignard n'était rien d'autre qu'un Portoloin. En hurlant de dépit, il envoya un sort qui rebondit contre le mur, quand ses cibles disparurent, quittant pour de bon Poudlard... Ou presque...


EBENEZER GRAYMES



Les années s'écoulèrent, les siècles se succédèrent aux siècles, et jamais Pelar et Shari Dann ne s'ennuyèrent. Ils voyagent dans les quatre coins du monde, échappant à toutes les guerres et à toutes les épidémies qui ravagèrent l'Occident et, de manière plus générale, le monde. La lèpre, les croisades, les épidémies de peste décimant l'Europe et l'Asie, l'épopée de la colonisation, la Guerre de Cent Ans, les assauts des Turcs dans l'Europe de l'Est... Jusqu'aux guerres mondiales qui changèrent à jamais le monde. Ils participèrent à tout, ils furent Templiers, Hospitaliers, Inquisiteurs ordonnant l'expropriation des Juifs, Chrétiens participant aux pogroms dans les barrios juifs, mercenaires embauchés dans les guerres diverses menés par les rois, révolutionnaires américains puis français, combattants de la liberté au "printemps des peuples" de 1848... Ils répandirent la mort et le chaos, mais en perdant de plus en plus d'intérêt. Les tortures devenaient de plus en plus répétitives, et la saveur du corps des femmes n'avait plus la même sensation qu'avant. Les effets secondaires du sortilège occulte qu'ils avaient utilisé se faisaient de plus en plus ressentir, les aliénant progressivement.

La dernière vie de Shari Dann fut celle d'Ebenezer Graymes. Pelar et lui se séparaient de plus en plus, parvenant néanmoins toujours à se retrouver dans l'ancien château de Lozariat, dont il ne reste aujourd'hui absolument plus rien. Ebenezer Graymes était l'enfant d'un juriste, Jonathan, et d'une mère dévouée, Maglia. Le couple vivait dans un manoir à Epitaph, charmante petite localité de la Nouvelle-Angleterre. Comme tous les adolescents, Ebenezer prenait le bus scolaire vers le lycée d'une ville plus grosse. Mais il n'avait rien comme les autres, et ses parents s'en rendaient de plus en plus compte. Un enfant cruel et sardonique, prenant plaisir à faire du mal. Dès son plus jeune âge, il se rendait déjà sans qu'on ne sache comment dans les laboratoires fermés à clefs pour dissimuler des rats congelés, les disséquer, et les répandre dans les casiers des filles. Lycéen, il devint de plus en plus violent et dangereux. Chez lui, Ebenezer s'enfermait perpétuellement dans sa chambre. Il avait provoqué une dépression chez sa mère quand le conseil de discipline l'avait renvoyé, et quand la police avait menacé de l'enfermer après qu'on l'eût accusé d'avoir saccagé une épicerie. Il fut enfermé dans un pensionnat à la discipline sévère et rigoureuse, mais rien ne suffisait à le calmer. C'est le docteur du village, Soames, qui avait mis au monde le petit Ben, qui finit par conseiller à Jonathan, désespéré, d'appeler un curieux personnage vivant à New York, John Neery. Cartésien, Jonathan ne voyait pas d'un très bon œil l'entrée d'un personnage lubrique dans sa vie, mais rien n'avait marché jusqu'alors. Il ne restait plus que l'internement à l'asile, le pédopsychiatre s'occupant d'Ebenezer ayant lui-même fini par faire une dépression.

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 03 - Première rencontre avec John Neery

"Il nous fait peur... Docteur ?
- Professeur suffira amplement, M. Graymes, lui assura Neey en souriant gentiment.
- Soit... bougonna Jonathan, peu convaincu. Dès qu'il revient, il s'enferme à clef dans sa chambre, et seule Maglia, ma chère femme, a le droit d'y entrer... Mais elle ne l'a pas fait depuis... Si longtemps... D'après ce que je sais, il a tout un tas de livres occultes et sataniques là-dedans, il s'adonne à d'étranges rituels. Vous devriez l'entendre la nuit, à siffler avec sa voix, des bruissements rauques et terrifiants...
- J'espère que vous ne m'avez pas appelé trop tard..."

Jonathan tourna la tête avec circonspection vers l'énergumène qui se tenait à la place du passager. Drapé dans un immense macfarlane noir, avec un chapeau noir aux bords feutrés, alors qu'un grand soleil inondait Epitaph, Jonathan ne pouvait s'empêcher de se dire qu'il faisait une erreur en acceptant de voir l'ami de Soames. Ce Neery, ou quel que soit son nom, l'avait déplu dès qu'il l'avait vu à la gare, dans sa mallette démodée. Jonathan se promit de rayer de la liste de son répertoire Soames. Un docteur qui avait de telles fréquentations était dangereux... C'était Maglia qui l'avait convaincu, quand elle l'avait supplié, tard dans la nuit, en se cramponnant à lui, enfonçant ses ongles dans sa peau, d'appeler le contact de Soames. Un cri silencieux, un gémissement de désespoir. Jonathan s'était rappelé sa Maglia d'avant, belle et voluptueuse, ses cheveux flottant dans le vent, son rire cristallin... Des souvenirs qui s'étaient envolés dans ce manoir sinistre, qui lui faisait l'impression d'être une prison. En été, le jardin était magnifique, et les briques rouges du manoir, ainsi que son lierre, lui donnaient une impression poétique. C'était ça qui avait convaincu leur jeune couple : lui, un citadin désireux de fuir l'activité bourdonnante de la métropole new-yorkaise ; elle, une paysanne qui avait toujours aimé la campagne. Ils avaient reconstruit ce manoir abandonné, en faisant une très belle demeure. Il tourna la tête à gauche en remontant le long du sentier de graviers, aperçevant la table de pique-nique donnant sur le lac, sur laquelle ils avaient fait l'amour... C'est là qu'ils avaient voulu avoir un enfant, le rêve de Maglia. Ils avaient silencieusement regardé le coucher de soleil, et ils s'étaient promis d'en avoir un...

Jonathan chassa ces pensées sinistres en levant la tête. Derrière les volets noirs de la chambre de Graymes, dans le grenier, chambre qu'il s'était lui-même choisi, il vit le bout d'un rideau voleter. Graymes savait qui venait, et semblait assez nerveux. Ceci semblait encourager Jonathan à croire que ce Neery pourrait changer quelque chose, les sauver, mais il n'y croyait plus non plus. Sa femme était devenue rachitique, ratatinée sur elle-même, ridée et fripée... Quand il se rendait à des soirées, il avait honte de s'intéresser aux décolletés de certaines femmes flamboyantes, voyant dans leur sourire celui de sa défunte femme. Une seule fois, il avait franchi le pas. Une femme avec une robe rose, qui lui avait fait du charme toute la soirée. Aujourd'hui encore, Jonathan essayait de se convaincre qu'il avait fait ça à cause de la fatigue, de l'alcool qu'il avait ingéré, de la joie soudaine qui s'était emparé de lui en apprenant que lui et son cabinet avaient réussi à condamner une société rivale à verser de lourdes indemnités... Mais il savait parfaitement que, sobre ou ivre, il aurait suivi Nathalie et son rire cristallin dans la chambre à l'étage, il l'aurait vu lui sourire en allumant la petite lampe de chevet, et il aurait quand même ôté sa chemise en se perdant avec elle. Ce qui le gênait le plus dans cette histoire, c'était de revoir Nathalie hanter ses rêves. Il lui était même arrivé une fois de se réveiller, épuisé, en hurlant son nom. Maglia ne lui en avait jamais parlé, mais elle le savait. Comment pouvait-elle ne pas le savoir ? Il gara la voiture devant le perron.

"Vous voulez prendre une tasse de thé ? demanda Jonathan par pure courtoisie en sortant. Ma fem... J'en fais d'excellents...
- Je n'en doute pas, sourit poliment Neery, mais je ne veux pas abuser de votre hospitalité. Je l'ai senti dès que je suis arrivé dans cette ville, Monsieur Graymes. Le docteur Soames me parle depuis des années de votre enfant, et je dois bien admettre, à mon grand regret, que j'ai mésestimé les informations de Soames. Ma profession... inhabituelle... m'amène à une relative forme de prétention, et les appels téléphoniques de mon vieil ami me laissaient de marbre. Je me disais tout simplement, en parfait citadin, qu'un cul-terreux de bouseux pouvait facilement s'impressionner. Je constate maintenant toute l'ampleur de mon erreur.

Jonathan hocha la tête, et entra dans la salle d'entrée. Il leva instinctivement la tête vers la salle où se rendait habituellement Maglia, une petite salle de lecture, l'ancienne nursery. La porte se referma doucement, mais il savait qu'elle les observait depuis le judas de la porte. Jonathan fut à nouveau tenté de dire à Neery de partir, ayant peur qu'en voyant cet hurluberlu dans lequel elle avait placé ses derniers espoirs, elle ne s'effondre définitivement. Jonathan parlait en connaissance de cause : il avait déjà fait appel à des cas spéciaux et originaux. Des médiums, de pseudo-sorciers qui avaient affiché devant lui des colifichets et autres gri-gris vaudou, et ce toujours parce que Maglia le suppliait. Il s'était endetté auprès de son banquier pour réaliser des opérations neuronales très onéreuses sur son fils, mais rien n'avait marché. Jonathan aussi voyait un psychiatre, et passait de plus en plus de temps hors de sa maison, préférant dormir dans son petit appartement au cabinet, rêvant de plus en plus de Nathalie. Il songeait de plus en plus à divorcer, sachant qu'en restant avec sa femme désespérée et ce fils maudit, il finirait par devenir fou lui aussi. Et Nathalie et lui continuaient à se voir. Elle n'avait jamais essayé de le séduire à nouveau. Heureusement. Il n'était pas sûr de pouvoir lui résister.

"Très bien, sa chambre est...
- Inutile, Père, je suis là, puisque cet invité est venu spécialement pour moi... siffla une voix douce en haut de l'escalier. Il est si rare que des gens veulent me rendre visite, après tout..."

Jonathan déglutit sans savoir quoi dire. Neery s'avança lentement vers Ebenezer, faisant craquer les jointures de ses doigts. Le jeune Graymes descendit en-bas des marches, et regarda silencieusement le professeur new-yorkais.

"Je dois vous avertir, annonça Ebenezer d'une voix lasse, que mon dernier contact fut une prétendue spécialiste des forces du mal... Saviez-vous aussi que mes parents ont demandé au Révérend Craine de m'exorciser, et que ce vieux fou a vraiment pratiqué un exorcisme sur ma personne ?"

Ebenezer se mit à rire à cette évocation, avant de plonger son regard froid dans celui de Neery, qui le soutint.

"Oui, toi, murmura Ebenezer d'une langue que Jonathan ne comprenait pas, toi, tu es l'Ennemi, je le sens... Me crains-tu, mage blanc ? Tu le devrais. Oh oui, tu le devrais...
- Il recommence à délirer ! s'époumona Jonathan. Je vous le disais bien, il...
- Taisez-vous, je vous prie, Monsieur Graymes, rétorqua d'une voix douce John, ce langage est une langue qu'un jeune homme ne devrait pas connaître... N'est-ce pas ? Et qui es-tu donc, toi ? répondit John en parlant sur le même langage. Je ne suis pas ton ennemi, mais je peux le devenir. Cependant, je ne pense pas que tu aies un jour eu affaire à quelqu'un comme moi..."

A la surprise de Jonathan, il vit un voile de colère passer sur le visage de Graymes, une fureur sourde qui lui contracta le visage, une haine viscérale qu'il ne lui avait jamais vu auparavant. Lui qui jouait avec ceux qui tentaient de le soigner semblait animé d'une colère inouïe. Il se mit à alterner l'anglais et ce langage incompréhensible.

"Sorcier ! Démon ! Maudit sois-tu ! Je tuerai ces idiots pour t'avoir amené ici, mais, avant, je te ferais souffrir mille folies, John Neery, Commandeur, Auror, être maudit ! Sens ma colère, car tu n'as jamais affronté un être comme moi, misérable ! ENDOLORIS !"

Il sortit ce bout de bois qui lui servait de baguette, avec lequel il avait fait hurler les rares filles qui étaient venues dans ce manoir, et envoya un sort avec Neery, qui poussa un hurlement en bondissant. Jonathan ne vit rien d'autre qu'une forme noirâtre bondissant en l'air, un rayon rougeâtre heurtant la main de Graymes, envoyant sa baguette rebondir contre l'escalier. Une main noirâtre jaillit des entrailles du macfarlane de Neery, soulevant Graymes à bout de bras. Sifflant et pestant comme un chat, celui-ci remuait furieusement, essayant de se libérer de l'étau de John. La porte s'ouvrit soudain, livrant passage à Maglia, qui, les yeux rouges, se précipita vers John. John réagit rapidement en envoyant Ebenezer rebondir contre un mur. Il s'écrasa sur une table en verre, brisant le pot de fleurs se trouvant dessus. John tendit une main vers Maglia, la calmant instantanément. Ebenezer se releva, rouge de fureur.

"Tu as pratiqué l'un des trois Sortilèges Impardonnables. Tu le sais, n'est-ce pas ? Et tu sais la punition qu'on inflige à ceux utilisant de tels sorts, non ? La prison à vie à Azkaban... En compagnie des Détraqueurs..."

Graymes le regarda, et un sourire mauvais se dessina sur ses lèvres, alors qu'il se mit à rire, un rire sombre et sonore, mauvais et violent. Froid et cruel. Il se releva lentement en essuyant du revers de sa manche un filet de sang sur sa lèvre.

"Les Détraqueurs ne m'impressionnent pas. Au cas où tu ne l'as pas encore remarqué, je suis déjà détraqué.
- Les Détraquoi ? s'époumona Jonathan, retrouvant finalement l'usage de la parole. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?"

John le regarda soudain, puis dévisagea son fils.

"Je suis malheureusement arrivé trop tard... Sa personnalité antérieure reprend le dessus. C'est... Inouï. Je n'avais jamais vu ça jusqu'alors, et la seule personne référencée dans mon milieu est Lord Vol...
- Assez ! rugit soudain le père de famille. Vous ! gronda-t-il en désignant Neery, suivez-moi dans le living room, vous avez quelques explications à me fournir. Quant à toi, mon fils, file dans ta chambre !"

Ebenezer ne le regarda même pas, ne se rendant même pas compte de sa présence. Il finit toutefois par lui obéir en passant à côté de John. Ce dernier soupira. Il devrait en finir tout de suite, maintenant, mais il avait le sentiment que cela pourrait lui causer des ennuis. Il suivit donc docilement Jonathan Graymes dans le living room pour une petite explication entre quatre yeux.

*
* *


"Alors, qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Jonathan en sirotant une tasse de café.
- Je vous sens plus que sceptique... répondit posément Neery en apportant lentement sa propre tasse à ses lèvres, s'en humectant légèrement.
- Vous venez juste de me raconter depuis une heure que le monde tel que je le connais est en fait divisé entre des humains parfaitement normaux, et des sorciers s'affrontant depuis des temps immémoriaux à coups de baguettes magiques pour le contrôle du monde, avec des histoires de géants, de dragons, de balais qui volent, de gnomes, et je ne sais pas trop quoi encore... Vous avez songé à inclure les Martiens dans votre petit délire ?
- Votre scepticisme est largement compréhensible.
- Non, vous ne me comprenez pas... Je suis issu d'un milieu très rationnel, le genre de milieu dans lequel on aime que les choses soient ordonnés. La folie, par exemple, a ses causes. Elle ne provient pas d'une quelconque possession maléfique inexplicable, ou d'histoire d'âme charcutée survivant pendant des siècles et des siècles, mais d'une éducation ratée, d'un conditionnement sociologique avec une part de génétique qui reste à déterminer. Je ne crois pas que le mal dont souffre mon jeune fils soit magique... Je sais qu'il est spécial, et qu'il lui arrive de...
- Non, vous ne comprenez pas. Le mal dont souffre votre fils est rationnel et logique. Ne croyez pas le contraire : le monde de la magie est rationnel. Mais il est aussi compréhensible aux yeux du profane que peut l'être celui de... l'astrophysique moderne pour le quidam lambda.
- Et vous essayez de me faire croire que... Que mon fils est... Une réincarnation ?
- On pourrait résumer les choses comme cela, oui, mais c'est un brin plus complexe et plus technique. C'est un niveau de magie qui me dépasse, à vrai dire. Fort heureusement, la personnalité qui émerge dans l'esprit de votre fils n'est pas totalement émergée. J'ignore exactement comment le procédé fonctionne, mais je pense qu'il faut du temps au démon sommeillant dans son corps pour retrouver toutes ses connaissances. Et le fait que votre fils semble accepter que sa mère entre dans sa tanière me laisse penser qu'une part, aussi infime soit-elle, de lui, continue à subsister, mais ne s'altère de plus en plus au fil du temps.
- Et que suis-je supposé faire ?"

Neery secoua la tête. Le living room était typique de ces petites maisons tranquilles. Des rideaux clairs se dressaient sur une fenêtre ouvrant sur un véranda. On apercevait de là le jardin verdâtre, éclairé par plusieurs rayons lumineux, avec des buissons, des fleurs, et des arbres. Dans un recoin de cette salle aux murs jaunes avec une frise bleuâtre, un meuble imposant se dressait. Dans un recoin, à côté d'un confortable fauteuil, un écran plat fixé au mur se dressait. Neery replongea son regard vers celui de Jonathan. L'homme semblait fatigué et épuisé, et venait avant de commencer la discussion d'avaler un antidépresseur. Du Prozac. Il se demanda s'il fallait se montrer compatissant, et décida que non. Même dans une situation de dépression, Jonathan parvenait à avoir la tête froide, alors que sa femme avait visiblement sombré depuis longtemps.

"Vous ne pouvez malheureusement faire faire... poursuivit Neery. Le processus qui se déroule est inexplicable pour la science moderne, et je crains fort que peu de magiciens sur cette planète ne peuvent se l'expliquer... Mis à part peut-être Albus Dumbledore, le Directeur de Poudlard, qui est une autorité en la matière.
- Et vous croyez que ce... Directeur... accepterait de s'occuper d'Ebenezer ?
- Non, dit Nerry après un long silence. Il a déjà son propre poulain et ses propres fantômes. Que ce soit clair, Monsieur Graymes : interner votre fils ne servira à rien. Il s'évadera dès que la personnalité qui sommeille en lui sera totalement réveillée.
- Et que suis-je donc censé faire ?
- Confiez-le moi. Je suis la seule solution qu'il lui reste. Vous ne connaissez pas le monde magique, mais je peux vous prédire que des temps sombres sont en route. Des mages maléfiques très puissants s'organisent pour renverser l'ordre existant, et, si jamais votre fils vient les aider, je redoute le pire. Je dois attentivement le surveiller, pour traiter au mieux sa... maladie.
- Et si vous échouez ?
- Je serais honnête avec vous... Ebenezer est un risque trop dangereux pour que je le laisse vivre. Si je ne parviens pas à le sauver, je serais contraint de l'éliminer. C'est aussi simple que ça.
- Aussi simple que ça...
- Il n'y a pas d'autres solutions, et vous le savez bien
- Mais... Et s'il ne veut pas ?
- Ne vous inquiétez pas, répondit Neery en le souriant, il nous écoute déjà en ce moment, et je pense qu'il le souhaite plus que tout au monde.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
- Il veut me tuer.


Graymes devint dès lors l'élève de Neery. A vrai dire, ce dernier ne misait pas grand espoir en son élève, et s'attendait tôt ou tard à devoir le supprimer. De son côté, Graymes attendait le moment où ses facultés latentes lui permettraient de tuer l'ancien Auror devenu Commandeur. Ils quittèrent le jour même Epitaph. Neery rechignait à utiliser un Portoloin pour retourner à New York, craignant de ne donner à Graymes de mauvaises idées. Ce dernier fut étonné de voir que Neery était loin d'être un sorcier incompétent. Parvenant à résister aux sorts de persuasion de Graymes, il lui arrivait même de les utiliser à son encontre, ce qui déplaisait profondément à ce dernier. Il apparut très vite à Neery que l'atmosphère de New York n'était pas adaptée à Ebenezer. La violence permanente qui y régnait le contraignait à aller voir ailleurs. Chaque soir, Graymes allait se promener à Central Park, observant d'un air énigmatique les passants qui allaient par là. Au début, il ne voyait que dégoût et haine, s'amusant à lire les pensées des gens. Il y voyait des gens comme son père, des businessmen pressés parlant aux portables, des étudiants quittant une fête dans un appartement huppé pour en rejoindre un autre, des vieilles dames promenant tristement leur chien... Il observait les New-Yorkais, et réfléchissait silencieusement, passant ses journées à errer dans les rues bondées de cette gigantesque ville. Et Graymes changea. Jusqu'au jour où il finit par rencontrer Doria, et par tomber amoureux d'elle.

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 04 - Derniers amours

Le soleil se couchait sur New York, ses rayons se reflétant sur les parois métalliques des immenses immeubles. Graymes n'était ici que depuis un mois, et Epitaph ne lui manquait vraiment pas. Il se rappelait cette période de sa vie avec un relatif manque d'intérêt, un profond ennui. A Epitaph, il n'y avait rien à faire, à part écouter les sermons fanatiques de Crane le Dimanche matin. La vie à New York était foisonnante. Il voyait cela en étant amusé. Il aimait s'aventurer dans les ruelles enfumées de Chinatown, se perdre dans les gratte-ciel gigantesques du Downtown, voyant toujours le même scénario se répéter : la recherche de profits, de fortune, d'amour, l'assurance d'aller voir sa maîtresse le soir, le souci d'acheter la nourriture oubliée la veille à l'épicerie pour les enfants, la hantise des bouchons sur le périphérique urbain...

Assis sur son banc, Ebenezer voyait et assimilait tout cela sans sourciller. C'était la vie de tous les jours à New York, et il ne devait tout simplement pas oublier de prendre le métro pour se rendre à Brooklyn, dans le manoir de Neery, qui surplombait l'East River, qu'on voyait se découper au loin depuis l'impasse de Montague Street. Graymes finit par se lever. Il aurait été plus simple d'utiliser un Portoloin, mais Neery lui avait conseillé de ne pas le faire. Utiliser la magie à New York était risqué. On le détectait, tout simplement, et il prenait la risque de s'exposer dangereusement à des adversaires ennuyeux : sorciers en quête d'un adepte, sectes d'adorateurs moldus se livrant à des rituels satanistes, voire même de simples étudiants désireux de s'instruire auprès de sorciers confirmés. New York était la ville des tentations. Faible, terrorisée, fragile, enfermée dans ses rivalités internes et sa schizophrénie multiple. Il lui aurait suffi de tendre le bras pour obtenir le contrôle. C'était si facile... Il le savait dans ses rêves. Le moment était venu. Pelar, son ancien frère, l'appelait dans ses rêves, lui disant que le moment était venu pour eux de se retrouver. Si Graymes l'avait voulu, il aurait pu se téléporter, il aurait pu remettre en marche le lien qui l'unissait à son frère. Mais il ne l'avait pas fait. Il ignorait pourquoi, mais il s'était refusé à le faire. Et il se réveillait chaque nuit en maudissant ses hésitations, ne comprenant pas ce qu'il lui arrivait.

Ebenezer se mit à marcher vers la sortie du parc, la sortie qui l'intéressait, menant à la station de métro qui le conduirait au manoir de Neery. Il partait à une heure tardive pour une raison bien précise. Cela faisait une semaine qu'il la voyait, et il ne parvenait pas à s'expliquer pourquoi il aimait la voir, lui qui, d'habitude, ne voyait aucun intérêt chez les autres. Non, ils ne se parlaient pas, et ne s'étaient même encore jamais adressés la parole, mais ils se voyaient, formant chaque jour un rituel bref des plus insolites. Elle courait devant lui, le regardait brièvement en lui souriant poliment, avant de reprendre son jogging le long de Central Park. Ebenezer se contentait de la regarder, et cela devait lui suffire, car elle n'en demandait jamais plus. Il aurait de toute façon été incapable de lui en donner plus. Du moins, c'est ce qu'il croyait. Quelque chose d'anormal se déroula aujourd'hui, et il le sentit au plus profond de lui-même, ce qui l'amena à se retourner. Son sixième sens, son instinct, sa magie, quelque chose dans ce genre-là, l'incita à faire demi-tour et à la suivre. Grand bien lui en prit, car la femme qui l'intéressait tant avait ce soir-là un problème des plus fâcheux.

Il devrait apprendre plus tard que cette femme, Doria, partageait un appartement à Manhattan avec une amie d'enfance pour étudier à l'université. C'est du moins la première version qu'elle lui dira, avant de se confier progressivement, lui expliquant qu'elle était considérée par ses proches comme une "débile", souffrant de troubles pathologiques qui la condamnaient à rester toute sa vie technicienne de surface, sans pouvoir jamais réussir un seul examen écrit. Elle travaillait donc déjà comme nourrice, et était depuis un mois femme de ménage à l'université de Columbia. Le fait est que ce métier n'était pas sans danger, et l'exposait à des étudiants revêches privilégiant manifestement les soirées festives, les matchs de base-ball, et les étudiantes nymphomanes de l'université au lieu de la bibliothèque et du savoir qui y étaient dispensés. Quand Graymes se retourna et s'avança vers le petit pont surplombant une calme rivière filant entre des arbres, il entendit celle qu'il connaitrait bientôt sous le nom de Doria grogner et pester. Il se mit prestement en marche, passant entre plusieurs arbres pour mieux apercevoir la scène. Il vit trois hommes bien bâtis, de vrais montagnes de muscles, en compagnie de Doria, jouant à la pousser entre eux. La femme se débattait en sifflant comme un chat, n'amusant qu'encore plus ses détracteurs.

"Lâchez-moi ! hurla-t-elle.
- Silence, la débile ! Qu'est-ce qui te prend, hein, de nous snober comme ça, comme si on était que des moins-que-rien ? C'est pas nous qui lavons le sol tous les soirs, hein, les mecs ? gronda un blond élancé avec un gilet de l'équipe de sport de Columbia sur le corps. On est destinés à entrer tout en-haut de la société, l'élite de l'élite, alors c'est pas une débile profonde comme toi, incapable de résoudre une équation de premier degré, qui peut se permettre de refuser mes avances.
- Laissez-moi partir !
- Non, non, salope, on va te récompenser. Ça remonte à combien de temps, hein, la dernière fois, qu'un homme est entré en toi ? Bien trop longtemps... Mais t'en fais pas, on va régler ça, c'est si dommage de laisser un beau petit cul comme ça en liberté..."

Sur ces mots, l'homme s'approcha d'une proie qu'il estimait facile. Grand mal lui en prit, car la femme qui s'appelait Doria n'était pas de celle à se laisser faire. Son pied partit rencontrer l'entre-jambes du footballeur un peut trop confiant, le faisant se plier en deux. Les joues écarlates, il gémit douloureusement, et dut probablement se forcer pour se redresser et la gifler, envoyant la femme rouler sur le sol. Furibond, l'homme s'approcha d'elle, essayant de se placer à califourchon, quand Ebenezer surgit, ayant décidé de mettre fin à la plaisanterie. Les trois personnages ne tardèrent pas à l'apercevoir, et le blond, qui semblait être le chef, pointa un doigt furieux vers l'individu qui venait les déranger.

"Toi, dégage ! gronda l'individu. Tu auras ton tour après ! Fous le camp !
- Une hypothèse intéressante, mais je te recommande à toi de débarrasser le plancher... Rapidement, de préférence...
- Je suis occupé. Les mecs, quelqu'un a envie de mourir."'

Les deux escogriffes jouèrent des muscles en marchant vers Ebenezer. Élancé et mince, ce dernier ne devait guère les impressionner, d'autant plus qu'il n'avait pas sa baguette. Mais ce n'était pas vraiment un problème. L'un des deux hommes, un Noir, bondit vers lui en brandissant son poing. Graymes l'esquiva proprement, avant que le second de ses adversaires, un Blanc, ne pousse un rugissement, en lui fonçant dessus, chargeant comme un sanglier. Ebenezer posa une main sur le sol en s'abaissant, effectuant un mouvement rapide avec son pied pour heurter les jambes de l'adversaire, le déséquilibrant, ce qui, concrètement, se traduisit par une chute douloureuse sur le sol. Le Noir hurla de rage en essayant de saisir Graymes aux épaules, qui leva son pied pour l'envoyer heurter l'estomac du Noir. Ebenezer en profita pour se relever, et, tandis que son adversaire, groggy, titubait légèrement, lui asséna un uppercut en visant le nez, avant d'enchaîner par un coup aux aisselles qui le renversa sur le sol. Il n'eut cependant guère le temps de profiter de sa victoire, car le Blanc s'était déjà relevé, et envoya Ebenezer valdinguer contre un arbre. L'homme heurta l'écorce du chêne avec son épaule, chutant sur le sol. Il aperçut un pied dans son champ de vision, mais n'eut pas le temps de bouger. Le coup le heurta en plein milieu de la figure, l'envoyant ricocher contre l'arbre. Graymes se redressa, légèrement sonné, et eut le temps d'apercevoir un poing filant vers sa tête. Il l'esquiva de justesse en déplaçant sa tête vers la gauche. La main de l'ennemi se broya dans un hurlement de douleur contre l'arbre. Saisissant sa chance, Graymes fit jaillir deux doigts vers les yeux du Noir. Il avait des ongles longs et pointus, noirâtres et sombres. Ses doigts fins et élancés lui permirent d'atteindre sa cible aisément. Les ongles s'enfoncèrent dans les yeux écarquillés du Noir, qui poussa un hurlement déchirant, suivi de glapissements de douleur, en tombant au sol, mains sur ses yeux, ou ce qu'il en restait. Ebenezer, lui, avait ressenti un contact visqueux et assez désagréable, qui dura fort heureusement peu de temps.

"Merde, murmura le Blanc, tu... Qu'as-tu fait ?!"

Ebenezer le regarda en souriant. Un sourire mauvais et cruel en s'approchant de lui. Terrorisé, l'acolyte ne demanda pas son reste bien longtemps, et fila à toute allure, rapidement rejoint par le chef, qui avait lui aussi décidé de se replier. Graymes regarda la femme qui se releva, et décida de l'emmener ailleurs, dans un lieu plus paisible.

*
* *


Les deux dansaient sur la colline, près d'un arbre silencieux et triste. Le soleil se couchait lentement en cette journée automnale, le froid rugueux commençait à venir, laissant place à un été chaud et tranquille. Mais ils ne s'en souciaient pas. Seule comptait la valse. Leur valse. Une valse oubliée, qu'il n'avait jamais entendu, mais qu'elle avait entendu depuis son enfance, et qui était devenue sienne. Elle souriait, et ce sourire le réconfortait. Il ne s'en lasserait jamais. Dans un dernier coup de violon, un dernier froissement de sa robe contre son pantalon, La Valse de l'Oubli se tut.

"Oh non, murmura Doria, la chanson est déjà finie... Je vais la remettre, plus personne ne l'écoute aujourd'hui. Tu le savais, ça ?
- Plus personne, ou presque..."

Elle remit la chanson, et Graymes ferma doucement les yeux. Une douce saveur les fit les rouvrir, un contact ferme et amical sur ses lèvres. Il sourit, et elle se mit à chantonner, ravie...

"Shari Dann, Shari Dann, sifflota-t-elle. C'est un joli nom ! Il sonne bien mieux qu'Ebenezer Graymes...
- Ne prononce pas ce nom ; je ne l'aime pas...
- Et pourquoi cela ? Ne le trouves-tu pas agréable à entendre ?
- Il appartient à un passé que je souhaite oublier, répondit-elle sommairement.
- Tu pars bientôt, non ?
- Mon maître souhaite en effet que nous partions prochainement, mais je n'en ai pas le désir... Je pensais que rien ne me retiendrait ici, mais je me suis trompé."

Doria ne répondit pas, lui montrant son dos. Sa boîte à musique laissait s'échapper la triste valse.

"Mon maître est bon, poursuivit Graymes. Si je lui explique la situation, nous pourrions rester...
- Non, Graymes, tu ne le dois pas. Tu as un rôle à accomplir, d'après ce que j'ai compris. Tu as un rôle à accomplir, répéta-t-elle silencieusement, et je ne pourrais pas t'accompagner là-bas...
- Je refuse de... !"

A cet instant, ils entendirent une voiture rugir. Un énorme 4x4 qui s'arrêta au pied de la petite colline sur laquelle ils se trouvaient. Doria pâlit en voyant son père sortir. Rankins, un homme musclé et énorme, pesta en claquant furieusement la portière. Ebenezer sentit une pointe de colère froide l'envahir, et se força à regarder Doria plutôt que son père et ses mastodontes. Ils étaient armés de carabines, mais ce n'était pas ça qui le ferait reculer.

"Oh non, oh non, sauve-toi Ben, c'est mon père !
- Il ne me fait pas peur...
- Doria ! rugit une voix bourrue en montant la colline. Je t'ai déjà dit d'arrêter de trainer avec ce vagabond ! Vous, là ! Tirez-lui dessus !! Je t'avais prévenu, Graymes !!!"

Les deux hommes, après s'être brièvement regardés, pointèrent leurs armes sur Graymes, qui crispa ses poings. Doria le regarda, puis regarda son père, qui marcha rapidement vers elle, lui attrapa le poignet et tenta de la gifler. La main de Graymes arrêta son geste, et les deux hommes se dévisagèrent froidement du regard.

"Lâche-là... ordonna sobrement Graymes.
- Je suis son père, vaurien !
- Lâche-là, ou je te brise le poignet, Rankins."

Rankins ne se le fit pas répéter, et lâcha le poignet de sa fille, en lui ordonnant de monter dans la voiture. Elle jeta un dernier regard vers Graymes, avant de retourner dans le 4x4. Ebenezer la regarda distraitement partir avant de replonger son regard dans celui de son père.

"Je t'ai déjà prévenu une fois, vagabond. Tu peux peut-être tromper ma fille, mais moi, les salopards, je les reconnais sans problème. Je n'ai pas l'habitude de me répéter, alors...
- Tais-toi ! gronda Graymes d'une voix sifflante. Je devrais te tuer, misérable, oui, je devrais t'égorger sur place. J'en ai vu tellement, des gens comme toi, que je n'aurais aucun remords à t'ôter la vie. Mais elle ne l'accepterait pas...
- Je t'interdis de la revoir ! menaça Rankins. Je te l'interdis formellement !


Et il ne la revit plus. Lorsque Graymes partit en Égypte, il se disait que Doria méritait en effet mieux que lui, un homme instable, au passé qu'une femme aussi pure ne pourrait jamais accepter. Il voulait passer du loin d'elle, pour voir si elle voudrait encore de lui quand il reviendrait. Malheureusement, entre-temps, un incendie ravagera la ferme des Rankins. Le père sera tué, ainsi que sa fille. Lorsque les pompiers et les experts analyseront l'incendie, ils parviendront à comprendre que le feu a commencé depuis la chambre de Doria. Mais cela, Graymes ne le sut qu'en revenant de son long voyage.

Ils prirent l'avion pour Paris, refusant toujours d'utiliser les Portoloin. Neery ne les appréciait pas énormément, ayant à chaque fois envie de vomir quand il les utilisait. De Paris, ils prirent le train jusqu'à Marseille, où un yacht les emmena au Caire. Neery avait passé son temps à observer la Méditerranée, et Ebenezer avait bien du admettre que c'était assez joli. Du Caire, ils partirent à travers le désert. Si Neery était venu dans un coin aussi éloigné de New York, ce n'était pas pour du tourisme, mais pour une affaire qui requérait sa présence en Arabie. Il ne tarda pas à lui expliquer de quoi il s'agissait. Ben Marzouk, un de ses collègues, était suspecté par le Chapitre d'avoir trahi la cause de l'Ordre et de s'être allié avec un redoutable mage noir, Al Rhazi. Officiellement, Rhazi était un riche entrepreneur immobilier, qui, comme beaucoup d'Émirs, s'était enrichi grâce au pétrole et aux grosses firmes américaines. Il logeait périodiquement à Dubaï, et participait à la création du Burj Dubaï. Un homme puissant, qu'on avait souvent vu en voyage d'affaires dans d'autres pays, errant notamment la main de Donald Trump à New York, quand la fortune personnelle de Rhazi avait permis à Trump de créer un nouveau gratte-ciel.

Neery travaillait pour un ordre de magiciens dont la fonction était similaire à celle des Aurors du Ministère britannique de la Magie. L'Ordre des Commandeurs remontait à Erwan Korvander, un mage noir qui avait renoncé à l'usage maléfique de la magie et commencé à combattre ses anciens amis. Dirigeant une seigneurie, il s'était servi de sa fortune personnelle, de ses appuis aux Parlements et à la Cour royale pour étendre son influence en France, formant un ordre clérical, la branche magique du Saint-Office, l'Inquisition romaine. L'Ordre s'est dilué dans le temps et dans l'espace, se servant des grandes conquêtes européennes pour se répandre. Aujourd'hui, il se dissimule derrière une transnationale. On peut résumer cet ordre comme une milice privée agissant pour l'intérêt général, luttant contre les déviances maléfiques et les monstres hostiles aux humains. Un Commandeur dirigeait une zone bien spécifique, et transmettait son savoir à son disciple. Neery n'avait pas de disciple, et avait fini par voir en Graymes un successeur possible. Ben Marzouk, lui, était suspecté par le Chapitre d'être un traître, et d'avoir changé de maître, ne travaillant plus pour le Chapitre, mais pour Al Rhazi, un puissant mage noir. Et la situation se compliquait dans sa région. Neery et son apprenti ne tardèrent pas à comprendre qu'Al Rhazi avait mis en place une micro-dictature, utilisant des soldats pour imposer un joug autoritaire sur la région. Si ce n'était que ça, c'est l'ONU qu'on aurait dépêché. La particularité d'Al Rhazi était qu'il utilisait aussi la magie pour ensorceler ses clients, ou disposait de sa propre milice démoniaque. Il avait réussi à dompter un Magyar à pointes, et disposait même de Détraqueurs. Ceci avait surpris Graymes, qui les croyait tous concentrés à Azkaban. La réalité était toutefois plus compliquée. Al Rhazi disposait également de créatures qu'on ne trouvait qu'en Arabie, loin des pays occidentaux. Les redoutables djinns du désert surgissaient de sous le sable pour fondre sur leurs proies. Ils terrorisaient les villages locaux, imposant de lourdes taxes, envoyant ses djinns la nuit pour traquer les villageois.


Dernière édition par Ebenezer Graymes le Mer 3 Mar - 2:32, édité 5 fois

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Ebenezer Graymes :: Commentaires

Message le Lun 1 Mar - 20:13  Ebenezer Graymes

La rencontre avec Ben Marzouk confirma toutes les inquiétudes de Neery. Marzouk était totalement impuissant contre un tel adversaire, et avait choisi de vendre son âme au Diable. Neery ne s'attendait tout de fois pas à ce que Marzouk ait choisi de s'offrir intégralement à Rhazi. Il avait reçu de la part de Rhazi, outre un somptueux palais, une série de ravissantes Vénales qui le protégeaient et le divertissaient. Neery ignorait comment lutter contre un mage aussi puissant que Rhazi, mais n'abandonnerait jamais comme Marzouk. Ce qu'il ignorait, c'était que ce dernier avait alerté son maître de la présence des deux étrangers.

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 05 - L'attaque des Djinns

Graymes ouvrit brutalement les yeux en se redressant. Son regard se posa instinctivement sur celui de la couchette de son maître, mais il constata qu'elle était vide. En pestant, Graymes sortit précipitamment de leur tente. Le soleil l'éblouit brièvement, et il fronça les sourcils, le temps de s'y adapter. Il avait machinalement attrapé sa baguette en observant les dunes se perdant au loin sous un ciel infiniment bleu. Le jeune homme baissa les yeux en aperçevant des empreintes de pas sur le sol, et les suivit précipitamment, légèrement anxieux. Il monta sur une dune, entendant des bruits de bataille en contrebas, et les aperçut.

Ils étaient une dizaine, jaillissant du désert, les visages drapés dans des foulards, les lames recourbées pointées au bout de leurs mains. On aurait pu croire qu'il s'agissait de simples guerriers, d'une tribu de nomades venus les traquer et les attaquer. Mais Graymes ne s'y trompait pas. Il les reconnut, il vit les doigts filiformes et rachitiques, cendrés et brûlés, caractéristiques des djinns, ces morts revenus à la vie par les magiciens, ces zombies inanimées, qui n'étaient plus que l'ombre de ce qu'ils étaient jadis. Neery se tenait au centre du cercle, tenant d'une main son épée qu'il faisait tournoyer autour de lui, de l'autre sa baguette. Il n'avait pas eu le temps d'enfiler son macfarlane, et regardait tout autour de lui. Un djinn bondit vers lui, hargneux et courageux. Neery esquiva sa lame et le transperça en deux. Au lieu de voir du sang couler, c'est du sable qui se mit à jaillir de l'estomac de la bête démoniaque. Les djinns grondèrent en continuant à rester autour de Neery. Graymes fut tenté de descendre pour aller l'aider, mais il était déjà trop tard pour ça. Neery était blessé, et avait sûrement déjà abattu plusieurs djinns. Un djinn était un être de sable, qui se constituait à partir d'ossements humains. Il était essentiellement fait de sable, mais pouvait augmenter la dureté de ses coups en concentrant le sable. Leurs épées étaient ainsi réellement mortelles. Neery brandit sa baguette vers un djinn, et prononça un sort qui le fit littéralement exploser. Des volutes de sable s'envolèrent dans le ciel, disparaissant dans le sol où elles se matérialisèrent à nouveau. Les djinns disparurent automatiquement, s'enfonçant dans le sable. Neery regarda autour de lui.

"Maître ! rugit Graymes."

Neery se retourna, et sourit en le voyant. A ce moment, les djinns attaquèrent de nouveau, se déplaçant sous le sable. Neery tourna la tête tout autour de lui, et des grains de sable s'envolèrent autour de sa cheville. Il bondit en arrière, envoyant un sortilège à cet emplacement précis, faisant exploser le sable. Les djinns attaquèrent à nouveau, et des grains filèrent vers le poignet du Commandeur, faisant voler sa baguette de ses mains. Neery tomba à terre, quand un autre coup l'atteignit au ventre, le faisant décoller du sol, le projetant sur le sol, où il roula sur une dizaine de mètres. Ebenezer rugit de rage en sautant sur le sol, filant vers son maître. Il voyait les djinns converger vers leur proie affaiblie. Une vague de sable jaillit du sol, Ebenezer brandit sa baguette en s'apprêtant à lancer un sortilège pour stopper les djinns, quand le sol explosa à ses pieds. Le sable l'enveloppa, et il se sentit décollé du sol. Sa baguette vola au loin, dans des myriades de sable, tandis que lui rebondit lourdement sur le sol, roulant sur plusieurs mètres, dévalant une dune avant d'atterrir contre plusieurs rochers. Sonné, Graymes entreprit de se relever, et vit sur une crête un cavalier le regarder, avant de partir. En boitant, Ebenezer remonta la dune, séchant le sang qui avait coulé de ses lèvres. Il avait plusieurs côtes fêlées, sa vision se brouillait, et, en revenant à l'emplacement où Neery avait combattu, il ne vit aucune trace de son corps. Ebenezer essaya de retourner vers la tente, de s'y reposer, mais ne trouva pas non plus la tente. Il finit par s'effondrer, inanimé, sur une dune silencieuse.


Neery fut avalé par les djinns du désert, disparaissant dans les entrailles, et Graymes dut ne jamais le revoir... Ce dernier s'effondra, inanimé, dans le désert. Le sort porté par Al Rhazi pour l'empêcher de stopper les djinns avait manqué le tuer. Rhazi ne l'avait pas achevé, pensant que ce jeune homme, un citadin, ne survivrait pas seul dans ce désert impitoyable... Ou presque. Car les djinns ne sont pas les seules créatures des sables à hanter le désert. Des nomades sauvèrent Graymes, des Touaregs guidés par un étrange chef, surnommé le "Touareg blanc". Ce peuple nomade vivant au Sahara s'était écarté de sa route, se rendant en Arabie sous les ordres du Touareg blanc. Il s'avéra que ce Touareg était loin d'être un simple homme, mais était, comme Graymes, un magicien. Il amenait avec sa tribu des denrées à certains marchands du Caire pour les touristes. Ces marchands lui avaient appris qu'un étranger avec un macfarlane noir et un jeune homme étaient arrivés au Caire. Le Touareg les avait vus de ses yeux en les pistant, et avait compris qu'ils se rendaient en Arabie, dans la tanière d'Al Rhazi. Le Touareg désapprouvait Rhazi, qui influençait sur les gouvernements. Le Soudan et le Tchad menaient à cause de Rhazi une politique sévère contre les Touaregs et autres tribus, appliquant sur eux une forte discrimination en les expropriant. Le Touareg était un magicien, mais il n'était pas de taille à combattre Al Rhazi. Il soigna Graymes. Il connaissait la réputation de Neery, et pensait que, si Graymes était son élève, et qu'il avait réussi à survivre aux djinns, il pourrait peut-être combattre Al Rhazi.

Malheureusement, Graymes, en refusant de suivre la voie du mal, avait abandonné avec elle des sortilèges puissants qui auraient peut-être pu lui permettre d'égaler le potentiel d'Al Rhazi. Il était pour le moment totalement incapable de lutter contre un tel adversaire. La puissance des djinns dépendait en grande partie de l'homme qui les invoquait. Il fallait être un grand magicien pour pouvoir invoquer et contrôler ne serait-ce qu'un djinn. Al Rhazi en avait invoqué une dizaine, et ils étaient extrêmement dangereux. Même Graymes ne pensait pas que, dans ses vies ultérieures, il aurait pu faire de même. Qui plus est, il avait perdu sa baguette, ce qui le rendait aussi dangereux qu'un chaton défiant une meute de lions. Le Touareg lui expliqua alors qu'ils se trouvaient dans le désert le plus vieux du monde, un lieu où toutes les civilisations s'étaient affrontées, le carrefour de l'humanité. Dans un tel lieu, dans ces grottes sordides, il y avait des armes terrifiantes, des pouvoirs ancestraux qui dépassaient l'entendement, cachés dans des temples ensevelis, au fin fond de grottes abyssales... Il y avait Shör-Gavan, l'épée ancestrale, qui, disait-on, avait appartenu à Gilgamesh, le Roi des Rois, et trônait au fin fond du désert. Si Graymes voulait vaincre Rhazi, il lui fallait s'aventurer seul dans le désert, et s'ouvrir à lui. Alors, le désert lui confierait Shör-Gavan s'il en était digne. Graymes ne prit pour simple vêtement que le macfarlane noir de John Neery, ainsi que son chapeau. Un geste qui surprit le Touareg : s'habiller de vêtements noirs en se perdant dans le désert était pure folie. Mais, du point de vue de Graymes, se perdre dans le désert était une folie tout court.

Il erra donc pendant des jours et des jours, sous un soleil accablant, se perdant dans les dunes, loin de toute civilisation, loin des champs pétrolifères, des conflits entre les Américains et les islamistes. Il s'aventura là où personne n'allait, où personne ne revenait, dans une fournaise terrifiante. Les mirages devinrent légions, mais, à chaque fois qu'il manquait s'effondrer, il parvenait à trouver de l'eau en grattant le sable, ou parvenait à attraper un animal quasiment mort. C'est ainsi qu'il comprit que le défi avait commencé. Le désert le mettait à l'épreuve, évaluait sa détermination. Alors, Graymes tint bon. Combien de temps resta-t-il ainsi, à errer ? Des jours, des semaines, des mois, des années ? Une barbe impressionnante avait commencé à se former, et le macfarlane de son maître était couvert de poussière. Il s'en servait la nuit pour couverture, son seul rempart contre les vents terrifiants qui remuaient cette terre abandonnée de la civilisation. Un beau jour, alors qu'il s'était couché près d'un rocher, il se réveilla le lendemain devant une grotte. Un esprit rationnel aurait mis cette errance sur le compte du somnambulisme, mais Graymes n'était pas de ceux-là. Il regarda silencieusement autour de lui, avant de s'aventurer dans la grotte, ayant du mal à marcher, affaibli et malade. Il avança dans une grotte sinistre, savourant le fait de ne plus sentir les grains de sable sous ses pieds. Il se rappelait ces longues nuits, à craindre que les coyotes ne l'attaquent pas. Il les entendait grogner, mais n'avait là encore jamais compris pourquoi ils n'étaient jamais passés à l'attaque, se contentant de le suivre de loin. Les pas de Graymes le conduisirent soudain à un escalier sinueux taillé dans la roche, qu'il se mit à descendre lentement. Il entra dans un temple ancien, voué au culte d'une déesse oubliée des hommes, un temple où reposait depuis des millénaires Shör-Gavan, attendant qu'un homme vienne la sortir de son sommeil éternel.

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Fragments de la Pensine de Graymes - 06 - Shör-Gavan

Graymes descendait lentement l'escalier, et glissa sur les dernières marches. Il s'écroula sur un couloir dallé et poussiéreux, aperçevant des toiles d'araignées de part et d'autre d'un sinistre couloir menant à une porte blanchâtre. Il attendit que ses yeux s'habituent à l'obscurité en avançant lentement, jusqu'à entrer dans une salle gigantesque. Les parois naturelles étaient remplacées par des murs en pierre polies. Il avança le long d'un pont menant à une petite rotonde, au milieu d'une vaste assemblée. Des trous dans le plafond permettaient d'éclairer cette gigantesque salle. Graymes comprit rapidement qu'il devait s'agir du lieu de prière de peuples anciens et primitifs. Il avança sur le pont menant à la petite rotonde, sur laquelle se tenait un autel, avec une épée plantée au milieu. Il pouvait la sentir de là.

Shör-Gavan. L'épée la plus grande qu'il n'avait jamais eu, avec sur sa lame des runes gravées, des runes anciennes, tremblant d'un pouvoir incompressible et oublié des hommes, oublié même des magiciens. Ebenezer contempla la lame, sentit son pouvoir l'envahir et l'annihiler, et saisit le pommeau de l'arme. Sa vie fila en une seconde. Shör-Gavan avait fait couler le sang à d'innombrables reprises, et il revit tous les morts en une éternelle seconde, jusqu'à ce qu'on décide d'enfermer l'épée dans ce lieu oublié, d'enfermer ce savoir puissant, et de refermer la grotte.

Graymes sortit l'épée de l'autel, la sentant bourdonner d'une énergie furieuse, et se retourna brutalement. Une forme noirâtre le dévisageait au bout du couloir. Un être maléfique, avec des yeux rouges, deux pics enflammés, qui brillaient nerveusement, reflétant une haine primitive. La forme s'étira vers lui, brandissant une épée noirâtre. Graymes se mit en position défensive devant l'individu à la cape déchirée, et para son coup. Les lames sifflèrent et s'entrechoquèrent rageusement, produisant des gerbes d'étincelle. Les deux bretteurs s'affrontèrent dans une danse maudite. A aucun moment, Graymes ne faiblit. Il para et renvoya tous les coups, laissant Shör-Gavan agir selon sa propre volonté. L'épée virevoltait, animée d'une volonté propre, et finit par briser en deux l'épée de l'ennemi. Sans une once d'hésitation, elle pourfendit le corps de l'ennemi en deux, fauchant le vent, faisant disparaître ce songe maléfique. Ebenezer baissa alors les yeux, respirant lentement, puis regarda brièvement l'assemblée autour de lui. A travers Shör-Gavan, il revit les rituels occultes qui s'étaient déroulés ici, les prophètes amenant les jeunes vierges qui se débattaient en hurlant sur l'autel, les scarifiant pour des déesses cruelles et mauvaises, sous les cris furieux des spectateurs. Il chassa ces sinistres pensées en montant l'escalier pierreux. Saisi d'une impulsion subite, il se retourna, et brandit Shör-Gavan vers l'autel. La lame comprit toute seule ce qu'il attendait d'elle, et les piliers ancestraux soutenant le pont vacillèrent sur eux-mêmes. La rotonde se fissura, le sol s'éventra, et les rangées des assemblées s'écroulèrent dans de tonitruantes explosions, roulant les unes sur les autres. Le plafond s'éventra, s'effondrant sur ce qui restait encore debout, d'énormes blocs de pierre coupant le pont en deux. Graymes n'assista pas à cela. Il était déjà dans la grotte, et Shör-Gavan luisait dans l'obscurité, l'éclairant.

Il aperçut à l'entrée de la grotte une forme blanchâtre qui l'attendait tranquillement. Le Touareg.

"Tu t'es perdu, toi aussi ? demanda Graymes en souriant.
- Qui sait, voyageur inconnu ? L'errant est parfois plus sur le chemin de la vérité que ne l'est celui qui croit suivre sa voie...
- Cesse donc de philosopher.
- Tu as donc réussi...
- N'est-elle pas magnifique ?
- Magnifiquement horrible, en effet. Que comptes-tu en faire ?
- Venger mon maître. Trouver Al Rhazi, et le tuer.
- La vengeance... Elle ne t'apportera rien de bon, Graymes.
- Qu'en sais-tu ? C'est la seule chose que mon cœur réclame, la seule chose qui m'a aidé à obtenir cette épée.
- C'est ce que tu crois, Ebenezer, car il te reste encore à apprendre. Sache que le désert n'aurait jamais offert son épée à celui qui la veut pour de mauvaises intentions.
- Car tuer Al Rhazi est mauvais ? railla Graymes. Il a du sang sur les mains, il mérite ce que je vais lui infliger...
- Connais-tu l'histoire des deux chacals et du lion ?
- Je me fous de tes paraboles ! gronda Graymes. Je ne suis pas de ceux à qui on fait des leçons !
- Ta formation n'est pas achevée, même si tu es prêt. Tu dois affronter Al Rhazi, et comprendre ce que tu es réellement.
- Je le sais déjà.
- Tu crois le savoir, mais sache qu'entre la croyance et la connaissance, il y aura toujours une distance considérable."

En disant cela, le Touareg découvrit son visage. Graymes écarquilla les yeux en voyant le visage raffiné d'une belle femme, avec de longs cheveux s'étalant en boucles sur ses épaules. Une femme ravissante, qui lui adressa le plus beau des sourires avant qu'un souffle de vent ne la fasse disparaître. Graymes observa cette apparition pendant plusieurs secondes, avant de partir. Dehors, un cheval l'attendait. Il écarta les pans de son macfarlane, et y rangea Shör-Gavan, puis chaussa le cheval, qui partit vers l'oasis le plus proche.


Al Rhazi était introuvable, mais Graymes savait où se trouver Ben Marzouk. Marzouk, qui avait vendu John Neery aux tueurs de Rhazi. Marzouk, qui n'allait pas tarder à rencontrer Graymes. Néanmoins, entrer dans son palais était impossible. Il était lourdement défendu. En d'autres temps, Ebenezer aurait pu entrer sur son cheval, et entrer en tuant les gardes de Marzouk. Mais il ne le fit pas. Non pas qu'il craignait mourir, mais il savait que ces soldats-là n'étaient pas mauvais, mais étaient de simples habitants qui avaient une famille à nourrir. Sa cible était Marzouk, pas le village d'agriculteurs dans lequel trônait son palais, derrière une palissade en pierre. L'oasis était à proximité, avec des fermes florissantes. Le cheval de Graymes monta une petite crête menant au village fortifié. Des archers le dévisagèrent froidement, mais le laissèrent passer, ainsi que les spadassins surveillant l'entrée. C'était un autre monde, loin des mitraillettes automatiques, des frappes de missiles par guidage laser, et des chars d'assaut pulvérisant des immeubles entiers. Tout cela était à moins de cent kilomètres d'ici, et on avait le sentiment d'être dans un autre monde. Il voyait des masures blanchâtres, les étals des marchands, mais tout était silencieux. Au fond, le palais de Marzouk se dressait, et il vit les gardes s'écarter prudemment, fixant d'un air mauvais l'inconnu, qui descendit lentement de son cheval.

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 07 - Ben Marzouk

Le vent faisait voler le sable autour d'eux. Tous les paysans s'étaient réfugiés chez eux, sachant que le sang coulerait cet après-midi. Marzouk avait sa baguette au bout des doigts, regardant l'inconnu dans son macfarlane noir qui se tenait face à lui. Quand on lui avait dit qu'un homme avec un macfarlane noir venait dans sa direction, il avait dégluti. Ainsi, Neery aurait réchappé aux djinns ? Marzouk avait hésité à en informer Al Rhazi, qui avait quitté la région, puis avait décidé de régler ça par lui-même. Il avait formé une petite milice pour accueillir Neery, et rempli la cour de pièges destinés à compliquer l'utilisation des baguettes magiques, sauf de la sienne. Il fut surpris en constatant que celui qui se tenait face à lui était ce jeune homme qui avait accompagné Graymes, et que Rhazi avait épargné, sans doute en pensant qu'il mourrait asséché. Marzouk sourit donc, rassuré. Il ne craignait rien de ce faibliaud-là, comme il appelait ses pseudos-magiciens venant de décrocher leurs ASPIC et pensant pouvoir défier ceux qui étaient initiés à la magie depuis leur plus tendre enfance.

"Viens-tu te joindre à la cause de Rhazi ? demanda d'une voix forte le faux-Commandeur.
- Je viens lui transmettre un message !
- Ah oui ? Et lequel ? demanda d'une voix douce en rigolant le magicien.
- Tu es le message, répondit Graymes le plus calmement possible."

Un fou rire s'empare du magicien, faisant remuer son énorme bedaine. Dans sa djellabah dorée, il ne ressemblait en rien à un Commandeur, et Graymes sentit une bouffée d'aversion s'emparer de lui. Marzouk secoua la tête en brandissant sa baguette.

"Tu m'as bien amusé, l'ami. Mais j'ai assez ri. Tu n'es qu'un Sang-de-Bourbe, comme ton maître, qui est incapable de voir, comme votre ridicule Ordre, que le pouvoir est entre les mains de gens comme Voldemort, ou Al Rhazi. C'est avec eux que le monde de demain va se forger, pas avec des reliquats du passé dans ton genre. Tu oses venir me défier sans même avoir une baguette magique ? Sans pouvoir formuler le moindre sort ? Je crois que le soleil a du te taper sur la tête, te rendre fou, mais je vais réparer ça. C'en est fini de toi et de Neery, fini de votre ordre pathétique. Je t'envoie le rejoindre, remercie-moi ! Avada Kedavra !"

Le rayon verdâtre fila vers l'ombre noirâtre qui tranchait avec le clair du village. Marzouk sourit en s'attendant à voir sa victime tomber, et déchanta quand il la vit hausser les sourcils. Ben déglutit sur place, ne comprenant pas ce qui venait de se passer. En souriant, Graymes brandit soudain son épée dans le ciel, et Marzouk poussa un hurlement de frayeur, répercuté par les cris de tous les soldats quand ils aperçurent les runes sinistres reflétées par la lumière du soleil. En rugissant, Graymes planta Shör-Gavan dans le sol, et une secousse fit onduler le sable, faisant voler son macfarlane autour de lui, avant qu'il ne se rabatte proprement sur lui. Ce geste fit détaler tous les soldats dans des hurlements de frayeur, et Ben Marzouk, le traître, le lâche, le félon, se ratatina sur place. Graymes le regarda avec des yeux froids bouillonnant d'une fureur contenue.

"Ben Marzouk, tu fus nommé il y a vingt ans de cela Commandeur de la juridiction d'Arabie. Tu as trahi l'Ordre en te liguant avec Al Rhazi le mage noir, dont l'énumération des crimes est trop longue pour que je la fasse. Tu as trahi l'Ordre, non seulement en mentant à mon maître, John Neery, mais aussi en divulguant sa position à Al Rhazi, qui en a profité pour envoyer ses terribles djinns.
- Tu ne m'impressionnes pas ! Shör-Gavan, hein ? Et alors ? A moi, mes belles ! Tuez ce démon ! Tuez-le !"

Jaillissant du palais de Marzouk, les Vélanes surgirent, se transformant en redoutables oiseaux qui crachèrent des boules de feu sur Graymes. Il les regarda en faisant tournoyer Shör-Gavan, transperçant et parant les boules incandescentes, contre-attaquant. La pointe de Shör-Gavan envoyait ses propres sortilèges, Graymes se contentant de les dire, l'épée de les émettre. Utilisant la chaleur qui rôdait tout autour, Shör-Gavan les fit brûler. Les ailes des Vénales s'enflammèrent, et les créatures infernales tombèrent au sol dans de longs couinements douloureux, sous les cris désespérés de Marzouk. Graymes les contempla avec dégoût brûler et se calciner, avant de marcher vers Ben, qui reculait à chacun de ses pas, multipliant des sorts aussi inutiles que vains.

"Avada Kedavra ! Endoloris ! Avada Kedavra ! Avada Kedavra, que diable ! Cracbadabum ! Par l'enfer ! Avada Kedavra, mon Dieu... Oh, toi !!! Con... Confun... Expelliarmus !!!"

Graymes éclata de rire en envoyant son pied heurter le poignet de Marzouk, lui brisant l'os. Sa baguette tomba dans un hurlement de douleur au sol, et il la piétina. Le magicien ferma les yeux.

"Où est-il ? demanda simplement Graymes. Où ?
- Il... Il est parti... J'ignore où...
- Endoloris !"

Marzouk hurla de douleur en se tortillant sur place. Graymes fit stopper le sortilège, et pointa le bout de Shör-Gavan sur sa gorge. Elle luisait d'une aura mauvaise et perverse.

"Où ? réitéra-t-il.
- Neery n'aurait jamais fait ça... Il ne l'aurait jamais accepté...
- Je ne suis pas lui. Dis-le leur, là où tu iras. Les temps changent, c'est vrai. Le Mal prend de nouvelles formes, mais le Bien aussi.
- Le Bien ? Toi ? ricana Marzouk en étouffant un sanglot. Mon maître te connait, Shari-Dann, et il ne te craint pas. Toi, le Bien ? De qui te moques-tu ? Il te brisera ! Tu ne peux rien contre lui...
- Je ne suis pas Neery. Tu as suffisamment parlé. Avada Kedavra. Tu es mort pour le monde, Ben Marzouk."

La lame siffla une dernière fois. La pointe se teinta d'un rouge qui coula rapidement alors que le cavalier remontait sur son cheval, s'éloignant au loin.


Graymes quitta le désert inhospitalier pour un autre. Retrouver Al Rhazi n'était pas difficile. Ce dernier était parti en voyage d'affaires à travers le monde. Après u séjour en Chine, il s'était rendu en Europe, et allait brièvement revenir à Dubaï. Graymes traversa donc paisiblement le désert vers cette ville gigantesque, en pleine expansion, dans le désert. Il croisa les usines pétrolifères, ces tours sinistres crachant des flammes noirâtres dans le ciel. Il passa de l'archaïsme à la modernité, se perdant dans les tours gigantesques du paradis virtuel des Émirs, cette tour de Babel moderne, défi technologique lancé à la Nature et à l'ordre divin. L'occultiste se rendit dans cette ville sinistre, se perdant dans la multitude, mais observant scrupuleusement le gratte-ciel dans lequel logeait sa proie. Il avait tout un étage au sommet, accessible uniquement depuis un ascenseur privé, et un héliport personnel. Sa fortune était colossale, et Graymes avait pu s'instruire sur la fortune de ce personnage auprès des marchands de journaux, qui proposaient fort heureusement des revues internationales. Son argent provenait essentiellement de sa fortune personnelle et de celle de Neery, dont il était l'héritier légal. Il s'informa sur Al Rhazi dans les magazines moldus, plus complets à cet égard que La Gazette du Sorcier. En consultant les informations des sourciers, il n'avait pas trouvé grand-chose sur lui, si ce n'est qu'il était né en Arabie Saoudite, et avait suivi ses études à Beauxbâtons. Il avait échoué dans les examens finaux, et n'avait accordé aucune interview au journal, préférant se tourner vers le monde des Moldus, et celui de la finance. Ici, les informations étaient légion. Le New York Times lui avait consacré une double page, le Forbes l'avait placé dans un hors-série spécial consacré aux fortunes arabes et à leur poids dans le monde. Il en ressortait de tout cela un personnage arrogant et prétentieux, utilisant la magie pour rester éternellement séduisant, et ne négligeant pas sur les costumes. Toujours en compagnie d'une femme différente, tantôt une chanteuse réputée, tantôt la fille d'un riche Émir, il multipliait les conquêtes, ayant la réputation du play-boy invétéré. Une réputation qui n'était pas surfaite.

Vint finalement le jour où, dans l'obscurité de la nuit, alors que Graymes, assis sur le banc d'une longue avenue, observait silencieusement, drapé dans son macfarlane noir, l'immeuble se dressant en face lui, Al Rhazi rentra chez lui. Il aperçut l'hélicoptère et se releva lentement, sachant à l'avance que son ennemi était là, et qu'il était probablement déjà au courant de sa présence. Il n'avait pas du ignorer la mort de Ben Marzouk, même si le Chapitre n'avait toujours pas envoyé un remplaçant. Ils devaient attendre le rapport de Neery, qui n'arriverait jamais. Graymes en comptait pas être leur chien, et agir comme un fonctionnaire à leur égard. Le Chapitre enverrait un autre agent, et un autre Commandeur prendrait la relève. Un Auror déçu par le Ministère de la Magie, ou qui serait séduit par le contrat très avantageux du Chapitre. Il en était ainsi : une juridiction de commanderie devait toujours avoir son Commandeur. Même en Arabie, les démons rôdaient. Graymes n'aurait pas aimé avoir cette région sous son commandement.

Il faisait trop chaud.

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 08 - La fin d'Al Rhazi

"Bonjour, Monsieur, crachota la voix féminine dans le haut-parleur. Il est 00h57, la température ambiante dans l'appartement est, comme vous l'aimez généralement, de 21° Celsius.
- J'en suis fort aise, répondit d'un ton enjoué Al Rhazi en dénouant les boutons supérieurs de son costume.
- Votre conseiller financier vous attend pour votre entretien de la soirée, au sujet de la fusion avec...
- Mon conseiller financier ?! s'époumona ce dernier. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Je ne l'ai jamais inventé !
- Il a pris rendez-vous avec vous ce soir, prétextant des complications importantes lors des négociations d'aujourd'hui.
- Très bien, très bien..."

Al Rhazi se rembrunit en regardant son reflet dans la vitre derrière lui. Il dénoua légèrement sa cravate. Il revenait de négociations épuisantes contre des entrepreneurs américains, qui hésitaient à investir dans la création d'une nouvelle raffinerie sur des champs où se trouvaient une tribu de nomades archaïques et sauvages, mettant en avant des rapports d'ONG assez défavorables. Rhazi avait été passablement énervé, et avait fini par les convaincre de régler le promenade des nomades. Ce contrat représentait un juteux investissement, car il serait concessionnaire de l'exploitation de la raffinerie, touchant des gains substantiels. Il avait fini par comprendre qu'il devrait avoir un rendez-vous avec des militaires haut placés pour exproprier les indigènes. Ils vivaient dans des masures misérables, et ce n'était de toute façon pas la première fois qu'Al Rhazi faisait ça. L'expropriation pour cause d'utilité publique était une prérogative administrative extrêmement efficace, surtout qu'à part les ONG, nul ne se souciait du sort de ses ploucs. Sa cabine s'ouvrit, révélant son living room spacieux avec une rangée de baies vitrées. Il préférait habituellement vivre dans sa hacienda mexicaine, sur laquelle il avait fait construire un petit oasis artificiel, mais était trop fatigué pour s'y rendre, et avait trop d'affaires en cours pour songer à autre chose.

Whittaker, son conseiller financier, était un Occidental intelligent. Al Rhazi l'avait embauché parce que c'était un Occidental, plus à même de convaincre ces clients, essentiellement des Occidentaux, de faire affaire avec lui. Mais il était scrupuleux et nerveux, ce qui énervait passablement Al Rhazi, surtout quand il devait manger au restaurant avec lui pour un dîner d'affaires. Il songeait de plus en plus à se débarrasser de lui, et sa dernière prestation l'encourageait dans ce sens. Son bonhomme se trouvait dans un fauteuil, le regardant silencieusement derrière ses lunettes écaillées.

"Personne ne vous a invité à vous asseoir, Whittaker !"

Sans attendre sa réponse, Al Rhazi défit le col de sa chemise, et se servit un verre de brandy.

"Et bien, vous avez perdu votre langue, ou quoi ? demanda Rhazi en lui tournant le dos.
- Même en étant sous l'emprise de l'Imperium, répondit sombrement une voix, votre conseiller technique est une vraie pipelette.
- Hein ? demanda Rhazi en se retournant lentement, avant de sourire en voyant son interlocuteur. Vous ? Je vois... Un sort de Bloclang, qui suit l'Imperium. C'est ainsi que vous avez réussi à déjouer la sécurité, n'est-ce pas ? Ce petit simulacre était-il supposé m'impressionner ?
- Nullement. J'aurais pu rentrer par d'autres moyens, mais je voulais avoir le privilège de pouvoir vous parler.
- Vous voulez remplacer Marzouk ? C'est vous qui l'avez tué, n'est-ce pas ? Le sourire de Graymes fut une réponse satisfaisante. Oui, je vois... Il était trop prétentieux, et comptait trop sur ses Vélates pour être un danger efficace. Vous avez eu de la chance, mon petit. Vu la manière avec laquelle je vous ai vaincu dans le désert après avoir envoyé mes djinns tuer votre maître, je pensais que vous préfériez fuir vers votre cher New York, dans le monde des citadins et des sorciers de pacotille. Cette terre n'est pas la vôtre, Graymes. Vous êtes surpris ? Vos pensées n'ont pas de doute pour moi... Je lis en vous comme dans un livre ouvert, et je vois votre chute, la peur qui s'insinue progressivement en vous, atténuant la colère que vous ressentez pour votre maître. Car vous craignez par-dessus tout de le rejoindre, oui, je le sais, inutile de me le cacher. Vous savez que vous n'êtes pas de taille contre moi. Vous savez que Marzouk n'était qu'un pantin entre mes mains, et que je comptais peut-être même m'en débarrasser. Pensiez-vous faire mieux que votre maître contre moi ? n'avez-vous pas compris qui je suis ? Votre Chapitre est resté dupe. Les Aurors aussi. Les mages blancs comme Dumbledore sont trop occupés par leurs propres démons pour se soucier de ce qui se passe en Arabie. Vous êtes en-dehors de votre juridiction, Graymes, Commandeur Graymes...
- Ne m'appelez pas ainsi, gronda ce dernier. Je viens en finir avec vous. Je vous offrais une occasion de vous rendre."

Graymes écarta un pan de son macfarlane en sortant Shör-Gavan. Al Rhazi la considéra en haussant les sourcils, amusé. Sa baguette magique apparut dans le creux de sa main, son autre main placé dans sa poche.

"Voyons voir un peu vos réflexes !"

Al Rhazi envoya un sort qui fut absorbé par la lame. Les runes s'illuminèrent, et Rhazi attaqua à nouveau, enchaînant les sorts sans même avoir besoin de les formuler. Graymes parait les coups sans problème, envoyant les sorts ricocher contre les murs. Les baies vitrées explosèrent, et un sourire carnassier se dessina sur les lèvres du Commandeur, qui regarda son adversaire sans faiblir, en position défensive.

"Effectivement, constata Al Rhazi, votre maître vous a bien formé.
- Finissons-en, Al Rhazi.
- Vous avez entièrement raison ; finissons-en."

Sentant un souffle dans son dos, Graymes se retourna... et frémit en voyant les longues ailes noirâtres d'un Magyar à pointes se dessiner dans l'ouverture. Le dragon le regardait en grondant, et ouvrit sa gueule immense et abyssale, révélant un gouffre édenté. Le Magyar à pointes, reconnu par tous pour être le plus incontrôlable et le plus terrifiant des dragons. Graymes se recula prudemment en sentant l'haleine fétide de la bête, ses yeux jaunâtres et démoniaques le fixant avec rage. Sentant un mouvement à côté de lui, Ebenezer se tourna vers le magicien, qui avait utilisé un sort allongeant sa baguette jusqu'à en faire un bâton. Il vit un rictus de haine traverser le visage du magicien, qui frappa Graymes à la tempe, l'envoyant heurter un canapé. Le coup déstabilisa l'occultiste, libérant Whittaker de sa torpeur.

"Je pourrais te tuer, Graymes, mais mon garde du corps a fortement envie de te manger. Ne le déçois pas...
- Qui ? Monsieur... Monsieur Rhazi, que se passe-t-il ?"

Whittaker était terrorisé. Al Rhazi le contempla silencieusement, sa baguette reprenant une dimension normale. Le conseiller sentit le courant d'air froid, et hurla de terreur en voyant le regard démoniaque du Magyar se poser sur lui. En ricanant, Al Rhazi lança sur le pauvre Whittaker l'un des trois Sortilèges Impardonnables, le sortilège Doloris. Whittaker se tordit de douleur en tombant devant le dragon, qui ouvrit sa gueule et la plaça dans l'appartement, mordant dans les jambes du conseiller, les arrachant dans un craquement sévère et dans un geyser de sang. Les jambes disparurent dans la gueule du monstre, le reste du corps retenu aux jambes par quelques tendons et bout d'os qui firent pendouiller le corps de Whittaker dans le vide, avant que tout ne se rompe, envoyant le corps de l'individu basculer dans le vide, s'écrabouillant des dizaines de mètres en contre-bas sur le toit d'une station de bus. Graymes se releva en apercevant Al Rhazi retourner dans l'ascenseur, montant vers le toit. Le Commandeur se releva. Le Magyar ouvrit la gueule, et cracha un jet de flammes. Le lendemain, quand l'incendie aura ravagé tout le dernier étage, les pompiers attribueront cela à une surchauffe du gaz. Gaz ou pas, l'appartement ne tarda pas à se transformer en véritable fournaise. Les alarmes anti-incendie vocifèrent dans les oreilles de Graymes, tandis que des douches automatiques se mirent en place. Les canapés flamboyèrent, le matériel informatique s'enflamma dans des couinements électroniques et des explosions électriques, des étincelles luminescentes. Le sort du Protego était bien insuffisant contre un tel adversaire. Graymes le savait parfaitement, et c'est pour cette raison qu'il choisit de se replier dès que le monstre cracha ses jets de flammes

Il fila vers la porte la plus proche, s'y engouffrant, pénétrant dans la chambre d'Al Rhazi. Ce dernier rugit, faisant trembler les murs, et brisa la vitre donnant sur la terrasse de l'appartement, défonçant cette dernière. Sa gueule s'ouvrit à nouveau, ses yeux jaunâtres dévisagèrent Graymes en vaporisant sur lui des boules de feu qui incendièrent en quelques secondes la chambre, ravageant le lit, le transformant en gigantesque cheminée. Graymes ne demanda pas son reste, bondissant dans la salle de bains, fermant la porte derrière lui. Les flammes rebondirent contre la porte, l'incendiant à son tour. La porte tint toutefois bon, et Graymes respira lentement, essayant de retrouver son calme. Le Magyar n'avait cependant pas dit son dernier mot. Affamé comme il l'était, il ne désirait pas voir son repas partir ainsi sans réagir. Après quelques hésitations, il approcha sa gueule de la fenêtre, sa tête triangulaire pénétrant dans l'espace clos de la chambre. Ses cornes se plantèrent contre la porte, attrapant les draps du lit enflammé. Sous le choc, la porte calcinée se brisa en deux, et un souffle enflammé du dragon suffit à la faire voler en éclats. A la surprise du dragon, les flammes rebondirent contre le carrelage, sans rencontrer une âme à l'intérieur. Graymes avait en effet rapidement compris que le Magyar à pointes le traquerait, et s'était réfugié à côté de la porte, dans la baignoire. Il vit la porte exploser, et les flammes jaillir devant lui. Sa lame au poing, il attendit tranquillement que les flammes se taisent, et bondit sur le sol, s'élançant vers le monstre. Il vit la gueule béante de la créature, ses yeux jaunâtres et maléfiques rugir de haine, vit ses dents gigantesques s'écarter, une boule de magma incandescente se formant au fin fond de sa gorge, filant vers la sortie. Le pied de Graymes s'abattit sur le museau de la bête, entre ses cornes pointues, et il en profita pour s'élancer sur la tête de la bête, visant son cou, la partie sensible du Magyar. Il s'apprêta à abattre son épée, mais la créature était malheureusement diaboliquement prudente. Sa tête se leva, déstabilisant Graymes en même temps que le Magyar sortait de l'appartement en flammes, le feu se répandant dans les appartements voisins. Le Magyar remua la tête et battit des ailes, frappant Graymes pour le faire tomber.

Ce dernier faillit bien tomber. Il sentit son poids céder, et bascula dans le vide en glissant sur le dos de la créature. C'est par un immense réflexe que l'une de ces mains gantées s'enroula autour d'une des épines dorsales du dragon, longeant toute sa colonne vertébrale. Il s'y agrippa fermement, ses pieds plongeant dans le vide. Il voyait en bas les voitures circuler, les poteaux lumineux, les rugissements de la ville. Le Magyar tournait autour de lui, essayant de faire tomber son adversaire, ou de le fouetter avec sa queue. Craignant toutefois de se faire mal en se frappant avec les rangées d'épines gigantesques sur sa queue, le monstre faisait des coups imprécis, frappant au jugé. Graymes sentait toutefois sa prise sur la bête se relâcher, glissant lentement dessus, ne parvenant pas à supporter les brusques renversements du dragon. Quand il sentit le point de rupture, il remua son bras gauche, qui tenait sa lame, et la planta aussi profondément que possible dans le flanc de la créature, qui poussa un rugissement de douleur, crachant des boules de feu qui pulvérisèrent quelques fenêtres à des étages différents, provoquant plusieurs séries d'incendies sans gravité. Du sang jaillissait du flanc blessé de la bête, éclaboussant Graymes, qui s'était appuyé dessus avec ses deux mains. Le Magyar, blessé, dévia de sa course, se rapprochant du toit du gratte-ciel sur lequel devait se trouver Al Rhazi. Son hélicoptère était parti, mais le Commandeur pouvait apercevoir l'héliport. Il savait que sa seule chance de survie était d'atterrir là-dessus. Le Magyar s'approchait du dernier étage, et racla le rebord du toit, en essayant probablement de broyer les jambes de Graymes, qui en réchappa en levant ses jambes pour les enrouler autour de sa lame, déchirant légèrement son pantalon. Il grinça de douleur, et sentit Shör-Gavan se desserrer lentement du flanc de la bête. Le dragon dut également la sentir, car il multiplia les balancements, jusqu'à catapulter Graymes et la lame hors de lui. Le Commandeur rebondit lourdement sur le toit, se recevant avec brutalité sur son épaule gauche, avant d'heurter une gaine de ventilation, perdant dans sa course son épée.

Ebenezer se releva lentement, sentant des douleurs à l'épaule et aux jambes. Furieux, le Magyar le toisait de haut, battant des ailes. Graymes n'avait pas du atteindre une partie sensible, et il semblait plus blessé dans son orgueil qu'autre chose. Il s'était cru dans la peau du chat jouant avec la souris, la traquant avec amusement en sachant qu'elle n'avait aucune chance d'en réchapper vivant. Et la souris avait mordu le chat, ce qui était inacceptable. Le Magyar cracha de nouvelles boules de feu, et Graymes bondit devant lui, effectuant une superbe roulade qui n'aurait pas déplu à un gymnaste, plongeant vers sa lame. Il l'attrapa brièvement, et bondit de côté, telle une araignée jouant sur son fil. Mais le Magyar crachait des flammes rapidement, et Graymes sentait des flammèches sur les rebords de son macfarlane. Mais ce petit jeu énerva le Magyar, qui se posa soudain sur le toit, tombant lourdement avec ses quatre pattes, faisant vibrer le sol. Il rugit de fureur en regardant son adversaire, grondant d'un air mauvais, très mauvais. La gueule du dragon s'ouvrit démesurément, formant un gouffre abyssal qui fondit sur Graymes. Le Commandeur bondit en arrière in extremis, esquivant le coup qui arrache les pans de son macfarlane, et répondit en envoyant sa lame frapper le visage de la bête, au-dessus de ses lèvres. Elle gronda de fureur en se repliant prudemment, mais attaqua à nouveau, faisant claquer ses dents furieusement. Graymes tomba dans le piège, pensant avoir affaire à une provocation de la part du Magyar. En réalité, il baissa sa tête et frappa avec ses cornes. Seule la chance permit au Commandeur de s'en sortir... Les cornes perforèrent le macfarlane, mais pas la peau de Graymes, l'effleurant juste. La tête du Magyar heurta le Commandeur, le faisant décoller comme une brindille. Le dos de l'homme heurta douloureusement une autre gaine, rebondissant dessus pour rouler de l'autre côté. La gaine lui sauva la vie, car le Magyar accompagna ce bref vol plané de flammes incandescentes qui furent bloquées par la gaine. Le Magyar rugit et s'élança dans les airs, atterrissant lourdement sur l'héliport, en crachant de nouvelles salves enflammées vers Graymes, qui roula prudemment sous l'héliport.

Sous le monstre, il était dans un abri précaire, mais n'avait plus rien à craindre de ses maudites flammes. Il envisagea une solution de secours sous l'héliport pour se sortir de cette mauvaise passe. S'il tentait de sortir, le dragon le découperait en deux, ou le ferait frire, ce qui était une solution peu reluisante dans les deux cas. Il aperçut soudain la queue du monstre, qui fouettait en l'air, ses épines sur la queue frappant violemment le sol. Ce Magyar était terriblement intelligent, sans doute parce qu'il était affamé, et en avait assez de jouer avec sa proie. Sa queue se mit à frapper le sol et à filer vers Graymes, cherchant à l'attraper, à le lacérer et à le faire sortir pour le dévorer. Malheureusement, craignant sans aucun doute que Shör-Gavan ne frappe sa queue, le Magyar fit des coups très imprécis. L'héliport était soutenu par quatre petits piliers de soutènement. Le dragon en lui-même ne pourrait les faire plier, mais le malheur voulut que les épines de sa queue se plantent dans l'un des piliers, le lézardant profondément, faisant chavirer l'héliport. La queue se replia immédiatement, et le Magyar sembla hésiter, avant de commencer à frapper avec ses pattes sur le côté fragilisé de l'héliport, brisant de plus en plus le pilier. S'il tombait en morceaux, Graymes sera écrasé sous un tas de rochers. Une perspective peu réjouissante qui l'amena à contre-attaquer. Quand la queue du monstre heurta à nouveau le pilier, Graymes bondit hors de sa cachette. Au même moment, le pilier céda, et l'héliport s'effondra comme une crêpe, explosant en plusieurs morceaux sous le poids du Magyar, qui entreprit de s'envoler. Extrêmement rapide, le Commandeur fila vers les épines parcourant sa queue, s'appuya sur l'une d'entre elles, et s'en servit pour bondir vers sa proie, l'escaladant le plus rapidement possible. Le Magyar remua légèrement, déstabilisant son ennemi qui atterrit contre son aile, dans une embouchure assez confortable, mais qui déplut fortement à la créature, qui essaya de rabattre son aile pour étouffer le Commandeur. Aussi rapide qu'un chat, ce dernier réagit instinctivement en transperçant l'aile de la créature avec Shör-Gavan, forçant cette dernière à la replier en hurlant et en se tordant de douleur. Furieusement, le monstre remua sa queue, décidé à couper en deux Graymes, qui se releva. Il vit les épines filer vers lui, et para le coup avec Shör-Gavan, priant pour que l'épée ne se brise pas et tienne le coup. Fort heureusement, la lame millénaire parvint à encaisser les épines du Magyar, le forçant à attaquer par le haut, ce que Graymes attendait. Dans sa fureur, le monstre perdait toute logique rationnelle. Sa queue fondit à toute allure sur le Commandeur qui bondit sur le côté, esquivant de justesse les épines qui se plantèrent profondément dans le flanc du monstre.

Le rugissement de douleur que poussa la créature brisa les tympans de Graymes, qui n'en tint pas compte. Nonobstant la douleur qui le tiraillait un peu partout, il bondit vers le cou de la bête, profitant de sa souffrance pour planter son épée dans son cou. Un geyser de sang s'échappa de la blessure, et le rugissement d'agonie du dragon se mua en glapissement surexcité. La bête cessa de voler, retombant lourdement sur le sol, et se mit à courir sur ses quatre pattes. Un gigantesque taureau qui pulvérisa les gaines de ventilation, les antennes et les paraboles sur les toits, brisant les tuyaux d'aération en allant se perdre contre la cabine de l'ascenseur, pulvérisant l'ascenseur en se coinçant dedans dans un énième cri de douleur. Graymes fut catapulté, lâchant son épée, plantée dans le cou de la créature. Il passa par-dessus la cabine, rebondit lourdement sur le toit, et bascula dans le vide.

Sa chute s'arrêta bien vite quand son dos meurtri rencontra le monte-charge utilisé par des laveurs de carreaux, et qui stationnait au dernier étage. Il se reçut lourdement sur ce toit-là, sans toutefois faire tomber la structure métallique. Satisfait, Graymes se releva, et parvint à péniblement regagner le toit. Son corps tremblait de partout. L'adrénaline redescendant, il était considérablement épuisé, alors que le véritable combat venait de commencer. Il aperçut le corps flamboyant du Magyar, qu'Al Rhazi avait incendié, mettant fin aux gémissements de douleur de la créature. Le mage maléfique se tenait face à lui, dans son superbe smoking blanc, tenant au bout de sa main Shör-Gavan.

"Bravo ! Bravo, Graymes ! gronda Al Rhazi. Je vous avais sous-estimé ! Indéniablement ! Saviez-vous combien de temps il m'avait fallu pour domestiquer une bête pareille ? Tout l'argent dépensé ? Les années gâchées ? Non, vous n'en avez cure ! Vous, l'Occidental ! Oui, je vous avais sous-estimé, je le reconnais, et c'est pour ça que je vous pardonne la mort de mon Magyar. Marzouk était un imbécile ; il pensait qu'il pourrait devenir mon second... Mais il était faible, et lâche. Ce qui n'est pas votre cas. Joignez-vous à moi, Graymes... Ou Shari-Dann, puisque c'est sous ce nom que vous répondez réellement.
- C'est tout ? demanda Graymes après quelques secondes, ayant du mal à tenir sur ses jambes.
- Tout ? répéta Al Rhazi. Je devrais te condamner pour l'éternité au sortilège Doloris pour avoir ainsi tué mon Magyar et saccagé mon appartement ! Et provoqué la mort de mon conseiller technique ! Mais ce ne serait pas productif. Vois les choses en face : le combat contre le Magyar t'a épuisé, tu n'as pas les moyens de m'affronter. Je tiens ton épée, je tiens ta vie entre mes mains, et je sens la peur en toi, la peur qui commence à t'envahir...
- Legilimens, hein ? railla Graymes.
- Je suis Al Rhazi, pas un magicien de pacotille. Et cette épée... Je ne te remercierai jamais assez pour cette épée. Je sens le pouvoir en elle, un pouvoir qui m'irradie. Avec cette épée, je pourrais même surpasser Lord Voldemort en personne. Alors, je réitère exceptionnellement mon offre. Laisse la colère qui brûle en toit, cette haine viscérale et ancestrale que je ressens au plus profond de toi, Shari-Dann. Libère le pouvoir, le pouvoir terrifiant que tu te refuses à utiliser par peur de corrompre à jamais ton âme. Libère-le, il t'est inutile de lutter ! Tu es entre mon pouvoir, maintenant !
- Je réitère moi aussi mon offre, Rhazi. Rends-toi, ou tu mourras.
- Me tuer ? Tu es comme un enfant face à une montagne. Ensemble, Shari, nous pourrons te guérir du mal qui te ronge...
- Tu ignores tout de mes tourments...
- Je te connais mieux que tu ne te connais ! Libère ton pouvoir, et rien ni personne ne pourra s'opposer à nous ! Je sais pourquoi tu as rejoint ce Neery, pourquoi tu t'es perdu dans le désert. Toi, Shari-Dann, le "Destructeur de Royaumes". Tu as utilisé des sortilèges maudits, interdits et oubliés, pour te maintenir en vie, mais tu as négligé les effets secondaires que tu commences à ressentir en utilisant tes pouvoirs. Ton âme se fissure, et tu te rattaches à de vieux chants affirmant qu'en faisant le bien, ton âme trouvera le repos et restera intègre. Vois comme cela est pathétique. Seul le pouvoir peut te permettre de surpasser la mort, de surpasser la destruction de ton âme ! Un pouvoir que nous pouvons obtenir ensemble ! Joins-toi à moi, Dann !
- Est-ce là tout ?
- Tu ne veux pas comprendre... soupira Al Rhazi. Tu ne comprends pas pourquoi je lutte, pourquoi je me dresse ainsi. Penses-tu que je fais cela par gloire personnelle ? Je suis riche et puissant, Dann ! Cette ville est à moi ! Si je le voulais, l'Arabie serait à moi ! Et le monde, par la même occasion ! Les magiciens sont englués dans de pathétiques guerres, se focalisent sur la lutte entre Dumbledore et Voldemort, alors que le vrai pouvoir est là, dans ces villes somptueuses. La magie doit servir à contrôler les gens, à aider les gouvernements, à lutter contre les inégalités. Tout ce que je fais, Dann, je l'ai fait pour mon peuple. J'ai étudié à Beauxbâtons, j'y ai appris la sorcellerie chez les Français. Et j'y ai vu le mépris à mon encontre, les inquiétudes blessantes, les soupçons cachés. J'y ai vu l'arrogance des Occidentaux contre nous, les Arabes ! Et regarde ! Oui, regarde ! Qui est au courant de ma présence ? Ton Ordre ridicule et obsolète ? Les Aurors ? Dumbledore ? Je vous ai tous dupés, j'ai fondé mon empire, mon armée, sans que personne ne s'en aperçoive ! Et quand ce qu'il restera des forces de Voldemort ou de Dumbledore émergera de la guerre qui se déroule, je prendrais leur place ! J'apporte la prospérité et la modernité à l'Arabie ! Je refuse que les minorités s'imposent sur mon pays, qu'il s'agisse de ces Émirs imbéciles dans leurs palais, ou de ces tribus païens vivant dans des poubelles sur un champ de pétrole. Ne me juge pas, tes dirigeants ont fait de même en leur temps, car il en est ainsi. J'ai étudié vos penseurs à Beauxbâtons, la science politique, et j'y ai compris que la magie, son rôle initial et absolu, était de guider le politique. Je poursuis un rêve égalitaire et juste, démocratique. Joins-toi à moi. C'est ma dernière offre.
- Je ne réitérerait pas la mienne. Choisis bien tes prochains mots ; ce seront les derniers.
- Tu es ridicule, sourit Al Rhazi, et je pense que je vais te tuer avec ton arme. Je sens la soif de sang qui l'anime. Tu es fini, Graymes ! Avada Kedavra !"

Graymes ne ferma même pas les yeux, et Al Rhazi écarquilla les souvenirs. Rien ne sortit de la lame de Graymes, et il regarda son adversaire en fronçant les sourcils, avant de sentir une démangeaison sur son pied. Une brûlure qui s'amplifiait dangereusement. En baissant les yeux, il vit son smoking qui commençait à prendre feu, et poussa un hurlement en frottant sa main sur le pantalon blanchâtre. Le feu se répandit à toute allure, dans ses doigts, ses cheveux, sur sa veste, et il se mit à hurler en tombant à genoux, lâchant l'épée qui se plaça dans la main du Commandeur.

"Tu aurais du plus te renseigner sur cette lame. Pour la posséder, et utiliser son pouvoir, il faut concéder une partie de son âme, et recevoir en échange une partie de la sienne. En l'attrapant, tu as créé un lien entre mon esprit et le tien, et, en essayant de l'utiliser pour lancer un sort, tu m'as ouvert la porte de ton esprit. Tu n'es pas le seul Legilimens ici, Al Rhazi, et je suis un Occlumans. Peu importe pourquoi j'agis, peu importe qui de nous deux est le plus fort, car tu es déjà mort pour le monde."

Ce faisant, Graymes empoigna l'épaule du mage piégé dans son pire cauchemar, sa pire phobie, et ne résista même pas quand Graymes le jeta dans le vide. Al Rhazi poussa un terrible hurlement avant de s'écraser contre une voiture, explosant le toit en s'écrabouillant dessus.


Dernière édition par Ebenezer Graymes le Mer 3 Mar - 2:32, édité 2 fois

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Message le Mar 2 Mar - 1:01  Ebenezer Graymes

Le Commandeur



La mort d'Al Rhazi fut attribuée à une tentative désespérée de ce dernier de quitter son appartement en passant par le toit, où il tomba malencontreusement, probablement sous l'effet de la panique. L'affaire provoqua de vifs débats au sein de la population arabe. On déplora sa mort, et on parla même d'ériger une statue à son effigie dans Dubaï. Graymes, lui, n'était plus là pour écouter ces débats. Il était reparti par le désert, y cherchant le visage de son maître, du Touareg blanc, mais ne trouva rien. Il repartit en suivant une caravane, et avança à dos de chameaux vers Le Caire. Les gens s'étonnaient de voir ainsi un homme affublé d'un aussi lourd manteau noir, et il leur répondait à chaque fois la réponde que lui avait un jour répondu Neery quand il s'en était étonné : ainsi, on se souvenait de lui. Il regagna Le Caire, où il prit de là un bateau pour Marseille. Il aurait pu prendre un Portoloin, ou même un avion, mais avait hérité de Neery sa peur viscérale des Portoloins et des machines trop rapides. Il retourna à New York, et se rendit au 1, Montague Street, la demeure des Commandeurs. Il constata que la maison était délabrée et abandonnée depuis plus d'un an. Une année... Cela faisait une année qu'il était donc dans le désert. Beaucoup de choses avaient changé dans le monde magique. Voldemort avait finalement été déchu par un jeune garçon, et les Mangemorts vaincus. Tout semblait s'être bien terminé...

Mais il ne fallait pas gratter loin pour voir que la vermine continuait à se répandre. Mort ? Voldemort ? Vraiment ? Certains refusaient d'y croire, et arguaient qu'il reviendrait encore un jour, qu'il se terrait en attendant son heure. Les crimes rituels avaient explosé à New York, et les sectes satanistes dédiés au "culte de Voldemort" fleurirent un peu partout. La couche de vermine à New York atteignait des propensions inimaginables, et Graymes était seul. Neery était mort, Doria était morte, et il restait seul face à ces cauchemars passés, où ses démons revenaient le hanter. Il n'avait pas logé au manoir de Montague Street, mais dans un petit appartement miteux de Brooklyn Heights, dans un brownstone. Il revoyait chaque nuit ses chevauchées sauvages avec Pelar, et se réveillait en plein milieu de la nuit, sans savoir s'il était effrayé ou excité. Neery avait affirmé qu'il était prêt à reprendre sa charge, mais Graymes savait que ce n'était pas le cas. Il le sentait. Les vermines dehors scandaient pour son nom. Il l'appelait, rêvait de lui, que le Mal vienne les prendre et les guider.

Pour résister à la tentation, Graymes décida de disparaître. Au bout d'un mois de retard de loyer, le propriétaire expulsa les rares vêtements qu'il trouva, c'est-à-dire des carnets de note décrépis et des livres illisibles qu'il brûla dans un feu. Ebenezer disparut de la surface de la circulation pendant un trimestre. Trois longs mois où il ira dans les plus sinistres quartiers d'Harlem. Il dormait dans des ruelles sinistres, sous les ponts, utilisant son antique macfarlane comme couverture. Il devint connu auprès des autres SDF, toxicos, orphelins, anciens salariés ayant tout perdu, ou prostituées, sous le surnom de l'"Éboueur" ou de l'"Épouvantail". Les semaines s'écoulèrent, l'hiver approcha. Le Gulf Stream descendait sur la ville, et des tempêtes hivernales traversèrent cette dernière. Michael Bloomberg, le maire aux trois mandats, ordonna aux patrouilles de saisir les SDF pour les emmener dans des hôpitaux. Ceci déplaira à Graymes, qui préféra s'enfuir à chaque fois qu'une voiture de police approchait, filant dans les coins les plus sordides du Bronx, ceux où la municipalité avait abandonné avant longtemps tout espoir de rénover le quartier, et où d'anciennes affiches publicitaires vantant le "nouvel Harlem" se dressaient solitairement, rappels de sinistres espoirs oublier. Graymes se perdit dans une nouvelle benne à ordure, surmontant le froid, comme si la mort se refusait à le saisir. Et c'est lors d'une sombre nuit que son devoir finit par le rappeler.

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 09 - Le Chasseur Noir

Meryl suivait docilement Zac en étant de plus en plus inquiète. Les magasins abandonnés et condamnés, la sinistre station de métro couverte de tags et habités par des squatteurs aux regards mauvais, avait balayé toute son excitation alors que le métro s'enfonçait de plus en plus dans les entrailles du Bronx. Elle vit Zac s'arrêter devant une sinistre clôture, et l'enjamber prestement en avançant vers un immeuble noirâtre se dressant en plein milieu d'une cour. Meryl regarda timidement autour d'elle. Les rares voitures qu'elle voyait étaient des carcasses ravagées, des bouts de métal pulvérisés. Aucun lampadaire ne se dressait dans ces rues silencieuses, et elle apercevait au loin les hautes tours lumineuses de Manhattan, se perdant dans le ciel. Elle ressentit à nouveau le besoin de reprendre le métro avec le centre social, mais refoula cette idée. Le pédopsychiatre ne pouvait rien pour elle, et les filles étaient si méchantes. Elle avait perdu ses deux parents le 11 Septembre, et avait fini dans une famille d'accueil, qui avait fini par la délaisser. Elle s'était ainsi retrouvée dans une sorte d'orphelinat moderne, gérée par de vieilles harpies protestantes. Elle avait au moins la chance d'étudier dans un lycée public, où elle avait rencontré Zac. Un garçon énigmatique et mystérieux, ayant les mêmes goûts qu'elle. Elle se rappelait avec joie les pentagrammes qu'ils avaient fait dans le grenier de sa maison, invoquant des forces maléfiques autour de bouteilles d'alcool dégommés. Il avait déjà fait l'amour avec d'autres filles, bien entendu, mais il lui avait dit qu'elle avait été la meilleure. Même si elle se doutait que ce devait être en partie un mensonge, elle en avait quand même été flattée.

"Et bien quoi ? Qu'est-ce que tu attends ? La fête va commencer sans nous ! s'exclama Zac en la regardant.
- Écoute, je ne suis plus très sûre d'en avoir envie... Nous devrions peut-être...
- Hein ? C'est toi qui insistais pour qu'on s'y rende ! J'ai dépensé toutes mes économies pour nous acheter deux billets à cette cérémonie occulte d'exorcisme ! N'étais-ce pas ce que tu voulais ?
- Si, mais...
- Putain, arrête de faire ta bourge, merde ! Si tu veux rester derrière et aller jouer à la poupée, c'est ton problème, pas le mien !"

Furieux, Zac marcha vers l'immeuble. Piquée au vif, Meryl décida d'oublier ses angoisses, mais se pressa néanmoins contre lui. Ce qui l'avait inquiété au plus haut point, c'était cet homme qu'elle avait aperçu dans une impasse. Un type gris, qu'elle avait pris pour un cadavre avant de le voir remuer et disparaître dans l'obscurité, avec un genre de robe de sorcier sur le corps. Meryl suivit Zac vers l'hôtel désaffecté. Il sortit une lampe-torche et ouvrit lentement la porte qui grinça douloureusement. Meryl portait une tenue habituelle : des mitaines, des chaînes autour du cou, un maquillage noir exagéré sur les lèvres et autour des yeux, des cheveux violets, des collants avec des bottes sombres, et un corset noirâtre. Zac lui avait avoué avoir craqué sur cette tenue-là, ce qui expliquait pourquoi Meryl la mettait souvent.

Une désagréable odeur de moisi remontait jusqu'à ses narines quand la porte s'ouvrit. La lampe-torche éclaira un sinistre escalier se perdant dans les hauteurs, mais Zac se dirigea vers une porte à droite. Meryl sentit malgré elle un frisson l'envahir, en repensant à toutes ces légendes urbaines que les filles au pensionnat se racontaient entre elles pendant la nuit. Des psychopathes échappés de l'asile, qui enfermaient de jeunes filles pour les torturer dans des endroits sombres et puants comme celui-là. Meryl faillit à nouveau partir, mais ne voulait pas que Zac la traite de "femmelette", ce qui la décida à le suivre dans une petite salle. Il s'approcha d'une porte, l'ouvrant. Un escalier lugubre descendait dans une cave mystérieuse. En appuyant sur un gros bouton, Zac déclencha de petites diodes. Elle aperçut des toiles d'araignée, et éternua en sentant des volutes de poussière s'infiltrer dans ses narines. Le duo descendit l'escalier pour parvenir à un petit couloir. L'homme s'avança sur la droite, et Meryl commença à entendre d'étrangers mélopées, qui lui donnèrent la chair de poule. Non, son instinct tout entier lui disait de partir, que cet endroit était dangereux, hostile. Zac ouvrit une porte menant sur l'inconnu, et Meryl s'y engouffra.

Elle reçut ensuite un coup sur la tempe qui la fit tomber dans les vapes...

*
* *


"Ô toi, Seigneur du Mal, Maître des Arcanes démoniaques, toi qui tiens la Mort en échec. Nous t'Invoquons, nous, Tes Humbles serviteurs, Appelons à Nous le Seigneur-des-Ténèbres, qu'Il puisse, par ce Sacrifice de Chair, s'ouvrir à Nous e se Réveiller."

Les sinistres fanatiques en robe noire à capuchon poursuivirent leur litanie, invoquant Lord Voldemort. Une secte sans nom, ou au nom trop rébarbatif pour qu'on se donne la peine de le noter. Ils étaient autour d'une table, un autel sacrificiel où une femme nue se débattait en implorant leur clémence, en suppliant Zac de le libérer. Une femme ramenée par les beaux soins de ces voyous sans argent, des drogués qui avaient besoin de leur dose, et que les gens comme Jason Perthuis soulageaient en échange de jeunes femmes. Perthuis, le Grand Oracle, leva les bras, imposant le silence à ses fidèles, qui se turent silencieusement. La femme gémit en voyant le couteau s'approcher de son cœur. Il fut un temps de sa vie où Perthuis fut un Mangemort. Un Mangemort craint et respecté, ou c'est tout du moins ce qu'il aimait croire. Il approcha le couteau de la poitrine de la femme, fermant les yeux en s'apprêtant à la tuer quand il entendit un gémissement.

Ses yeux s'ouvrirent, et l'ampoule au-dessus de leur tête explosa brutalement. Il sentit un souffle d'air glacé près de lui, puis un coup sourd le heurter à l'estomac. Le souffle manqua soudain au Grand Oracle, qui tomba à genou, portant la main à son ventre. Il sentit un liquide chaud couler abondamment depuis son ventre, et tomba sur le sol.

"Lumos !" rugit une voix quand les hurlements se furent tus.

Il ne restait plus que Zac, recroquevillé dans un coin, terrorisé. Une forme noirâtre passa devant lui, et il poussa un hurlement de frayeur. Le Diable ! C'était le Diable ! Ce ne pouvait être que lui. Une main jaillit des profondeurs de l'apparition, le décollant de terre, et il ferma les yeux, priant toutes les divinités qu'il connaissait pour que sa mort soit rapide. Il avait depuis longtemps uriné sur ses propres affaires.

"Écoute... Écoute-moi bien, car je ne me répéterais pas. Tu iras les voir, tu iras voir les autres, les sectes de ce genre. Tu les connais, tu iras les voir, et tu leur diras... Tu leur diras que je suis de retour, et que le prochain qui violera encore une fois les pactes immuables s'exposera à ma colère. Quant à toi, Zac, sache que j'ai de bonnes oreilles. Si jamais, par quelque manière que ce soit, j'entends à nouveau parler de toi, nous nous reverrons le jour même. Et tu sais ce qui se passera, n'est-ce pas ? Alors, si tu veux un conseil, transmets ton message, et pars. Aussi loin que tu le peux, mais tu ne pourras jamais m'échapper si jamais tu transgresses encore les pactes."

L'apparition le laissa tomber comme une poupée de chiffon, et partit en emportant la femme. Il lui fallut plus de deux heures pour retrouver le courage de sortir.


A New York, les Commandeurs logeaient par tradition à un sombre manoir de Montague Street, à Brooklyn. Le 1, Montague Street, qui n'était occupé que par eux. Et le Chapitre n'avait manifestement pas l'attention de le remplir à nouveau, ce qui contraignit Graymes à s'en emparer. Etant l'héritier légal du manoir, il n'eut aucun mal à faire valoir ses droits auprès de la société qui détenait le manoir, et qui fut assez heureuse de pouvoir enfin, après tant de mois, de pouvoir vendre cette maison, et d'abandonner le vieux titre de propriété moisi qui commençait à croupir sous les dossiers. Le manoir n'avait plus l'électricité depuis longtemps, sentait le renfermé, et était envahi par les bestioles. Aucun squatteur n'avait eu le courage de s'y aventurer. L'entrée du porche du manoir était gardée par deux terrifiantes gargouilles. Et le manoir en lui-même, avec son lierre repoussant, ses immenses vitres, et sa couleur noirâtre, n'incitaient guère les curieux à y rentrer. Plus que toute autre chose, c'étaient les bruits qui faisaient fuir au bout d'une nuit à peine les indésirables. Les grattements dans le plancher, les craquements le long des murs, les soufflements rauques dans l'obscurité, la sensation de se perdre dans une maison dont l'intérieur semblait constamment changer... Le 1, Montague Street, était réellement hanté. Habitée depuis des années par des mages qui avaient affronté la noirceur de mages maléfiques, combattu des monstres terrifiants rôdant dans les profondeurs de la ville, certains se trouvant sur l'île même avant que les premiers colons ne rachètent pour une bouchée de pain cette île aux Indiens. Bien avant Florentin Verrazzano en effet, qui acheta cette terre au début du 16ème siècle, les Mannahattas, peuple indigène qui vivait ici, relatait déjà l'existence d'esprits maléfiques, de démons ancestraux, et autres créatures superstitieuses qui firent sourire les Chrétiens rationnels. Leur ancien lieu de culte fut détruit et abandonné, oublié de l'histoire de Manhattan, mais pas de celle des Commandeurs. Le premier des Commandeurs à avoir foulé le sol de New York avait bâti sa maison précisément dans cet ancien temple, la reconstruisant à partir des ruines. Bien des siècles après, cette maison avait subi des rénovations, notamment quand, au début du 20ème siècle, celui qui en avait la gérance était un industriel appréciant la noblesse française. Elle répondait désormais au nom du "Manoir Graymes", et se situait au 1, Montague Street.

Graymes retourna dans cette demeure, qui fut celle de son maître, la savourant en avançant dans les nombreuses pièces qui la composaient. Elle comprenait, outre une cour d'accueil avec quelques arbres et une fontaine, un jardin intérieur, une serre, et un clocher, qui datait là encore des premiers colons arrivant sur l'île, où la demeure avait provisoirement servi d'église, le premier des Commandeurs étant un moine. Il avait un jour trouvé la bibliothèque secrète reposant quelque part dans la maison, ainsi qu'un laboratoire magique d'expérimentation. Il consulta le Registre de Montague Street, le journal de bord laissé par tous les précédents occupants, relatant leur expérience, et ce qu'ils avaient découvert dans cette maison. Il avait été créé par le premier Commandeur, le moine Velacio, qui avait utilisé son carnet de voyage depuis la France pour noter tous les évènements paranormaux qu'il observait. La tradition était restée, et la collection se composait maintenant de neuf tomes. Chaque Commandeur avait pris l'habitude d'ouvrir un tome pour sa propre expérience. Graymes consulta le tome de Neery, le plus court, dont le dernier chapitre était consacré à l'influence d'Ebenezer sur le manoir. "Depuis la présence de cet étrange enfant, parvint à déchiffrer Graymes, le manoir change. Les apparitions spectrales des anciens propriétaires sont de plus en plus pressantes, et le manoir réagit de manière très virulente à sa présence. C'est ainsi que j'ai moi-même réussi à me perdre, quand la porte supposée me conduire à la salle d'observation m'a amené dans un couloir que je n'avais encore jamais emprunté auparavant." Il avait refermé le livre en le reposant sur l'étagère, sans savoir s'il écrirait un jour son tome. Il lui fallait pour cela être un Commandeur, ce qu'il n'était pas.

En l'absence d'un maître au 1, Montague Street, la maison ne restait pas pour instant inoccupée. Elle restait hantée par l'ancestral gobelin, qui avait été apporté par le troisième Commandeur pour s'occuper de la maison, Hotto Goffon. Un gobelin corrompu, qui abhorrait les humains, mais se devait de servir fidèlement le "maître". Ce maître fut Neery, et est maintenant Ebenezer Graymes. De son côté, Graymes choisit d'épargner cette créature pour son ancienneté. Goffon savait tout ce qu'il y avait à savoir sur les mouvements sectaires et les mages noirs qui sévissaient à New York. Malgré la mort de Voldemort, ceux-ci continuaient à agir, et Graymes pensait qu'il y avait quelqu'un à leur tête, un mage noir puissant qu'il fallait éliminer pour que New York redevienne un peu plus calme. Il reprit ainsi officieusement la charge de son maître, pensant alors agir uniquement par hommage envers ce dernier. Car Graymes ignorait toujours ce qui le poussait à combattre les siens, qui l'appelaient le "Chasseur Noir", l'homme qui rôdait la nuit, traquant ceux qui violaient les pactes. Il avait frappé à Central Park, tuant plusieurs sorciers, et avait été même surpris dans un bar qui servait de lieu de chasse pour de pseudos-violeurs utilisant les sortilèges pour s'occuper des femmes qui venaient. Le Chasseur Noir mettait fin aux habitudes qui s'instauraient, et on comprit progressivement qu'il ne s'agissait pas de Neery, qui pour tous avaient fui. Ceci renforça la conviction d'Ebenezer qu'il y avait à New York un mage noir plus puissant que les autres, un ange gardien qui veillait sur eux, et qui fondrait sur Graymes pour se débarrasser ce dernier. Mais Graymes reçut d'autres visites, plus inattendues.

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Fragments de la Pensine de Graymes - 10 - Entretien avec le Chapitre

Il ouvrit violemment les yeux, alarmé, avant de réaliser qu'il se tenait dans une tranquille petite chambre au look très british. Des couleurs clairs sur les murs, un confortable lit, et une petite table sur laquelle reposait une tasse de thé. Le thé était encore chaud, avec un nuage de lait, mais il n'y fit pas attention, retrouvant petit à petit la mémoire, essayant de comprendre comment il avait pu tomber dans un piège aussi grossier. Il était dans le métro, retournant chez lui, quand il avait réalisé qu'il était seul dans la rame, et qu'un gaz l'avait violemment saisi, le faisant tomber au sol, inerte. Il regarda à travers l'une des fenêtres, grimaçant en voyant des plaines verdoyantes, des collines, une petite forêt, et un château féérique au loin. Une illusion d'optique créée par la magie.

Sans plus d'hésitation, comprenant qui l'avait saisi, il ouvrit la porte, traversant un couloir avec des tableaux où des visages inconnus le regardaient silencieusement bouger, et entra dans une autre salle, grande, avec une rangée de baies vitrées et une table ovale autour de laquelle une dizaine d'hommes en costumes se mirent à le regarder. Rien à voir avec les robes traditionnels des sorciers. Ces gens-là étaient des businessmen qui passaient aux yeux des Moldus pour les membres du conseil d'administration d'une puissante société de vente internationale, et qui avait comme PDG la ravissante Vena Soponia, une femme aux longs cheveux noirs et au regard envoûtant provenant d'Europe de l'Est. Graymes le savait instinctivement ; la beauté de Soponia et son charme tenaient au fait qu'il s'agissait d'une Vélane, une redoutable Vélane qui était après tout à la tête du non moins redoutable Chapitre de l'Ordre de la Commanderie des Abîmes, dont Graymes avait devant lui tous les membres.

"Sois le bienvenu dans cette audience, Ebenezer Graymes, anciennement connu sous le patronyme de Shari Dann ! gronda l'un des hommes autour de la table. Nous n'attendions plus que toi pour commencer... ajouta-t-il lentement.
- Commencer ? grogna ce dernier. Je ne suis pas un économiste, je n'ai aucune envie d'étudier avec vous les OPAs hostiles sur les entreprises concurrentes, railla-t-il.
- Ne te moque pas de nous, tempêta une autre voix. Tu as repris sans autorisation aucune la charge qu'assurait préalablement John Neery. Tu dois accessoirement répondre d'accusations proférées à ton encontre pour avoir tué un Commandeur en Arabie, et aussi pour...
- Et c'est tout ? demanda en souriant l'inculpé. Votre enquête interne est si médiocre que ça ? Je n'ai pas à répondre de mes actes devant des bouffons tels que vous. New York a besoin de moi.
- Parlons-en justement ! rugit soudain une voix en martelant du poing la table. J'ai amené ici les statistiques criminelles de la police municipale des derniers mois, c'est-à-dire depuis votre retour d'Arabie. On recense une augmentation phénoménale des crimes rituelles et des sectes sataniques. Pas brillant, comme rapport !
- Je n'ai aucun rapport à vous rendre... répondit d'un ton sombre et sans se dérider l'"invité".
- Il est vrai que vous préférez le surnom qu'ils vous donnent. Le "Chasseur Noir", hein ? Quelle puérilité... Votre accoutrement et votre bilan me font croire que vous êtes plus proches de ceux que vous combattez de ceux que vous cherchez à défendre.
- Cessez là cette mascarade ! répondit soudain en s'énervant le Commandeur. Si le cas de New York vous préoccupe tant, vous n'aviez qu'à envoyer un autre là-bas ! Il ne vous a quand même pas fallu tout ce temps pour réaliser que Neery était mort, et que, son poste laissé vacant, la situation dégénérerait rapidement ! Vous ne pouvez pas être aussi médiocres... Tout ce qui vous intéresse, c'est de me museler, de faire de moi l'un de vos toutous, et vous perdez votre temps.
- La situation n'est pas aussi simple, répondit Vena, parlant pour la première fois. L'époque où notre Ordre était puissant est révolue à une époque lointaine. Les temps ont changé, et la mort de deux Commandeurs, Ben Marzouk, et de John Neery, est assez handicapante pour nous. Votre aide est par conséquent la bienvenue, mais nous devons nous assurer que nous sommes sur la même longueur d'onde.
- Je n'ai pas à répondre de mes actes.
- Je dis qu'il faut le stopper ! rugit l'un des membres. Enfin quoi, nous connaissons tous son histoire, les atrocités qu'il a commises dans le passé, dans ces vies ultérieures. Quelle légitimité peut-il avoir à reprendre le rôle de Neery ? Marzouk a été corrompu par des mages comme Al Rhazi, et ceci a profondément blessé notre Ordre. On ne peut pas se permettre de voir une telle chose se répéter, surtout dans une zone aussi sensible que New York."

Graymes soupira, sans se donner la peine de répondre. Cette conversation l'ennuyait profondément, et il aurait plutôt préféré se trouver dehors, là où on avait besoin de lui, plutôt que dans ce simulacre de procès.

"Vous vous êtes finalement aperçus qu'il y avait un problème avec Al Rhazi, hein ?grimaça Graymes Il vous en a fallu du temps, ma foi ! Si on se fiait à vous et à votre code de l'éthique, Al Rhazi serait toujours en Arabie, à se constituer une armée de djinns et de mercenaires en opprimant les populations locales.
- Parce que vous croyez que votre méthode de cow-boy est plus pratique ? riposta furieusement un individu. Savez-vous combien de gens ont pu apercevoir votre combat contre le Magyar ? Vos méthodes laissent à désirer...
- Il suffit ! tempêta Vena. Graymes, nous ne sommes pas là pour vous juger, si c'est ce que vous croyez. Nous avions des soupçons sur Al Rhazi, et c'est la raison pour laquelle nous avions chargé d'envoyer John Neery. Sans nous, vous n'auriez jamais été en Arabie, vous n'auriez jamais percé la trahison de Marzouk, ni mis fin aux agissements d'Al Rhazi. Vous ne pouvez donc pas affirmer que nous ne servons à rien. Toutefois, continua Vena sur un ton qui n'incita pas même Graymes à répondre, nous avons sous-estimé l'adversaire. Par manque d'informations, nous ne pensions pas qu'Al Rhazi serait si puissant, ce qui nous a d'ailleurs étonné. Comment un Commandeur aussi bien formé que Neery a pu échouer contre lui, alors que vous, qui sortez à peine de l'adolescence, ait pu réussir ?
- C'est pour ça que vous m'avez appelé ? demanda prudemment Graymes. Pour entendre ma version des faits ?
- Pas uniquement, non... avoua Vena. Je suis impressionnée, Graymes, et je le suis rarement. Je ne veux pas savoir comment vous avez fait pour tuer Marzouk, le Magyar, et Al Rhazi, mais vous l'avez fait. Vous avez rendu un grand service au monde de la magie et à celui des Moldus. La mort d'Al Rhazi a permis aux autorités compétentes d'incarcérer bon nombre de ses hommes de mains, et de faire tomber plusieurs juges corrompus. Et les autorités magiques ont pu arrêter quelques mages noirs qui travaillaient pour son compte. Accessoirement, les djinns se sont dispersés, et présentent moins de danger pour les nomades.
- J'en suis heureux, répondit l'intéressé d'un ton plat.
- Un magicien ne divulgue pas les secrets de son art, et je trouve personnellement que vous avez limité la casse. Aucun tiers n'a été blessé ou tué dans votre combat, et les autorités compétentes ont réussi à empêcher les fuites. Mais nous nous méfions de vous et de vos intentions.
- Il n'y a vraiment pas de quoi s'inquiéter, répondit Graymes en souriant.
- Nous voulons que vous fassiez vos preuves dans votre juridiction, tout simplement. Et que vous sachiez que nous vous avons à l'œil. J'ignore pourquoi vous avez tué Al Rhazi, et j'aimerais croire que c'était par geste charitable, mais j'hésite entre un acte de vengeance lié à la mort de Neery, ou par souci de vous débarrasser d'un rival. Alors, sachez-le bien : nous surveillons attentivement le 1, Montague Street."


L'enquête du Commandeur fut longue et difficile. Il trouva rapidement qui était sa cible, grâce à Hotton Goffon, car l'ennemi ne cherchait pas à se cacher. Le véritable problème fut de l'atteindre. Legrand-Catharsis n'était pas un ennemi banal. C'était un puissant mage noir, suspecté par le Ministère de la Magie britannique d'être un ancien Mangemort, un proche de Voldemort, qui avait fini par fuir à New York quand Harry Potter, encore bébé, avait mis fin au règne du sanguinaire Seigneur des Ténèbres. Legrand-Catharsis, appelez-le LG s'il vous plaît, devint une personnalité mondaine de New York, utilisant sa fortune privée pour organiser des soirées luxueuses, de véritables orgies, entre les puissants de la ville. Sa fortune provenait du butin récolté par les Mangemorts sous l'ère de Voldemort, où LG était en charge d'une grosse partie du butin. Il s'était servi de cet argent pour rebondir à New York, et vivait sur une île privée. Une forteresse protégée par des sorts magiques, et par une armée de miliciens. Graymes avait rapidement compris qu'assiéger cette île risquait de poser quelques difficultés. LG n'en sortait jamais, se faisant tout livrer via des navires. Son île comprenait un imposant manoir, de vastes jardins, et même un zoo miniature dans lequel personne ne pouvait entrer, et que Graymes supposait de contenir bon nombre de créatures maléfiques.

Entre-temps, le Commandeur mit en place une couverture officielle, pour éviter qu'on ne finisse par s'intéresser de trop près à lui. Obtenir des diplômes par correspondance ne fut pas très dur, d'autant plus qu'il apprit que John Neery avait jadis eu un chaire à l'université de Columbia, poste que Graymes réussit à reprendre, mettant en place une matière originale : les sciences occultes.

Il fallait affaiblir LG avant de pouvoir le détruire. Pour cela, Graymes traqua impitoyablement les sectes de la ville, les démantelant avec l'aide de la police et du FBI. Il devint rapidement connu auprès de leur service, et recevait régulièrement des demandes d'aides de la part des inspecteurs pour lutter contre certains phénomènes paranormaux : apparitions de fantômes, meurtres inexplicables, suicides douteux... LG était plus ou moins responsable de toutes les activités maléfiques qui se déroulaient dans la ville, dirigeant, l'expression était juste, un véritable "empire du Mal". Le combat dura ainsi plusieurs mois, Graymes parvenant peu à peu à faire de gros coups. Avec le SWAT, il démantela l'une des plus puissantes sectes de la ville, dont le chef direct était Legrand-Catharsis, et qui se réunissait dans une cathédrale abandonnée. Il parvint à éliminer Philozoar Rales, le proche de LG, parvenant ainsi, au bout de plusieurs mois, à affaiblir ce dernier. En retour, LG parvint à en savoir plus sur son ennemi, et envoya même un commando tenter de l'éliminer. Essai infructueux ; LG comprit à ses dépens qu'au 1, Montague Street, Graymes était indestructible, et perdit ce faisant bon nombre d'hommes.

Cette démonstration permit à Graymes de pouvoir s'infiltrer à une soirée donnée par son adversaire. Il parvint à obtenir une invitation grâce à son majordome, Goffon, mais était loin de se douter qu'il tombait alors dans un piège soigneusement préparé par son adversaire.

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 11 - Le piège de Legrand-Catharsis

Un yacht affrété par LG amenait les invités vers son manoir. Les grands pontes de New York se déplaçaient pour lui, et on disait que même Donald Trump viendrait en hélicoptère. Artistes, hommes d'affaires, politiciens, maîtres du crime organisé, tout le monde se rendait à la cérémonie donnée par LG. Dans son yacht, Graymes ne pouvait s'empêcher de comparer ce dernier à Al Rhazi. Mais Legrand-Catharsis était plus prudent que l'ancien mage invocateur de djinns. Certains le disaient paranoïaque, mais Graymes savait que ce n'était pas de la paranoïa. Il était juste prudent, s'était entouré d'une milice redoutable contre laquelle le Commandeur aurait bien du mal à triompher.

Le bateau s'arrêta sur le port de l'île, où un luxueux tramway décoré conduisait les invités vers le manoir. Graymes choisit de se mêler à la foule des convives. Le manoir de Legrand-Catharsis était en réalité un château, dont les pierres avaient été importées d'Angleterre, ce qui en faisait un château redoutable, avec des fondations solides. Les femmes rigolaient en imaginant des oubliettes sinistres, mais ces plaisanteries mondaines n'impressionnèrent pas le Commandeur. Il ne serait pas étonné de voir des cachots là-dessous, et craignait même d'y finir. Une rencontre avec Legrand-Catharsis n'annonçait rien de bon, et Graymes pouvait sentir sa présence, tandis que le tramway filait vers la cour du château. Il aperçut une ribambelle de gardes du corps indiquant aux invités une énorme double porte en chêne au bout d'un somptueux perron avec des colonnes. Les portes ouvraient sur un tapis rouge et un gigantesque hall décoré par des bougies innombrables, et des tableaux. Les conversations commencèrent lentement, des cocktails se dressaient ici et là. Graymes resta à part, dans un coin, évitant qu'on ne vienne s'adresser à lui. Il y réussit plutôt bien, jusqu'à ce que le toit au-dessus d'eux finisse par s'illuminer. Les convives poussèrent des cris stupéfaits en voyant la photographie du jardin de LG. On voyait un arbre verdâtre, la mer, et, au fond, les tours de Manhattan. L'image se mit alors à évoluer, au fur et à mesure que les saisons s'écoulaient. On vit l'arbre fleurir, des fleurs se former, puis l'arbre se mit à se craqueler, les feuilles tombèrent vers les visiteurs poussant des cris éberlués, tendant en rigolant les mains pour saisir les images holographiques, avant que des flocons de neige ne se substituent pour revenir à l'image originale. Les lumières s'allumèrent alors, et Legrand-Catharsis apparut sur un balcon, provoquant les applaudissements des invités.

"Merci à vous ! rugit l'homme. Il aura fallu une seule caméra filmant en permanence un seul plan pendant une année pour obtenir ce petit film. Fascinant, n'est-ce pas, ce que permet la technologie moderne ? On en aurait presque l'impression d'avoir affaire à un plafond magique... Alors que ce n'est qu'une simple reproduction holographique. Mes amis, je suis à vous !"

LG fit tomber une capsule devant ses pieds, provoquant une épaisse fumée qui l'enveloppa. De la fumée explosa devant les yeux d'une comtesse dans une belle robe rose, qui poussa un cri de stupeur avant de glousser quand LG apparut devant elle, dans un élégant costume noir. Il fit une révérencieuse courbette, avant de baiser la main gantée de la femme, provoquant une ovation. Graymes persifla devant un tel cirque. Le magicien le regarda en lui souriant.

*
* *


"Et si vous me disiez ce qui se passait ? demanda Graymes.
- Merveilleuse soirée, vous ne trouvez pas ? répondit sur le même ton Legrand-Catharsis...
- Legrand...
- LG, je vous prie, LG !"

LG et Graymes se tenaient dans le bureau de l'hôte. LG l'y avait invité à travers un majordome, lui expliquant qu'il désirait s'entretenir avec lui.

"A quel sinistre jeu jouez-vous ? demanda l'occultiste.
- Et vous donc ? Vous savez que vous êtes une sacrée épine dans mon pied, Graymes. Tout allait si bien avant, quand vous vous amusiez contre Al Rhazi, ou quand vous logiez dans votre benne à ordures. Pensez-vous vraiment pouvoir lutter contre moi ? Je me terre dans un fort imprenable, la justice des Moldus ne peut rien contre moi, pas plus que la vôtre. Votre épée et vos sorts sont impuissants ici, et je suis destiné à une brillante carrière. Mon poste de sénateur est déjà plus qu'assuré, à partir duquel je pourrais briguer la présidence.
- Quelle ambition... ironisa le Commandeur. J'ai rencontré quelqu'un comme vous, qui avait beaucoup d'ambitions. Il a chuté de haut...
- Ne vous moquez pas ! Vous croyez m'avoir blessé ? Quoi ? Vous avez démantelé une dizaine de sectes, et vous êtes heureux ? Vous avez réchappé à mes tueurs ? Je peux en rembaucher ce soir dix fois plus, et les envoyer à nouveau se fracasser contre votre manoir. Je pourrais envoyer un hélicoptère d'assaut pulvériser votre manoir maudit, et je n'ai qu'à claquer des doigts pour retrouver autant d'adeptes que vous en avez tué. Je dirige mes propres écoles de sorcellerie, vous savez. Des écoles occultes, dont Poudlard ne connait même pas l'existence.
- Et qu'est-ce qui vous en empêche ? sourit Graymes.
- De grands évènements se préparent, Graymes.
- Ah oui ? Et lesquels ? Voldemort est mort, la magie noire s'effondre, et ses adeptes, malgré tes beaux dires, sont dispersés, terrorisés, et refusent de sortir de leur trou-à-rats, de peur que des gens comme moi ne les retrouvent et ne les éliminent. Tu appartiens à une espèce en voie d'extinction. Quant à tes écoles... Permets-moi de douter de leur véritable efficacité ; tes élèves sont des incompétents qui, à part faire exploser leur baguette de mauvaise qualité en lançant des sorts, ne font pas grand-chose d'autre.
- Voldemort... Il fut un homme dangereux en son temps, mais c'est une époque dorénavant révolue. Voldemort est mort à cause d'un garçon, un simple et stupide gosse. D'autres prendront sa place, et il convient de choisir son camp.
- Vous rêvez...
- Savez-vous pourquoi je vous ai invité ? répondit le magicien en partant sur un autre sujet. Je voulais vous voir de plus près, mon ami, cher Commandeur...
- Ne m'appelez pas par ce nom !
- Peu importe comment je vous appelle... Je voulais vous évaluer, et je suis assez déçu, en définitive. Je comptais même vous proposer de travailler avec moi, mais Al Rhazi a déjà fait cette proposition, ce qui lui a coûté sa perte...
- Il était trop arrogant.
- Comme vous... Vous étiez à l'abri dans votre manoir. Même moi, je ne pense pas que j'aurais eu les pouvoirs nécessaires pour déjouer tous les pièges de cette infernale maison, mais ceci n'est plus un problème maintenant. Car vous avez répondu à mon invitation, en y voyant l'occasion de pouvoir défaire tous mes pièges, et me porter le coup décisif, qui mettrait fin à la guerre nous opposant. Serais-je en train de me tromper ?
- Non. Pas le moins du monde, sourit le démonologue.
- Mais, malheureusement pour vous, c'est vous qui avez fait preuve d'un orgueil excessif. Vous êtes dans mon antre, au centre de mon pouvoir, et je ne suis pas Al Rhazi. Je vous prendrais votre épée après m'être assuré de votre mort."

Graymes se raidit soudain en sentant une présence dans son dos. Shör-Gavan jaillit dans sa main, et il se retourna... en voyant le visage neutre et grave de Pelar Dann dans son armure rouge jaillir de l'ombre, brandissant son épée noirâtre vers lui. Graymes se reprit en réalisant qu'il avait affaire à un Epouvantard, mais sa distraction lui fut fatale. Brandissant sa baguette magique, le magicien envoya un "Avada Kedavra" mortel. Graymes se retourna en parant le coup. Le sortilège était cependant si puissant que le sort de protection de Graymes fut insuffisant à le stopper. Le Commandeur décolla du sol, et traversa une vitre, tombant dans un hurlement dans la verrière menant à la serre de Legrand-Catharsis. Depuis le toit, des hommes armés de mitraillettes et de lunettes thermiques pointèrent leurs armes, et firent feu sur la forme noirâtre. Graymes parvint toutefois à leur échapper en bondissant hors de la serre, ouvrant lourdement la porte en filant à travers la jardin du sorcier. S'il le voulait, Legrand-Catharsis aurait pu faire venir ses Sombral, et poursuivre Graymes en l'abattant de loin, sans aucune difficulté. Mais il préféra laisser l'opportunité à ses Acromantula de s'amuser. Il se rappela soudain qu'il avait aussi envoyé ses mercenaires poursuivre Graymes dans le jardin, et que les bestioles risquaient fortement de ne faire aucune différence. Peu lui importait, dans le fond.

Le Commandeur avait chuté sur un banc de mandragores hautement toxiques. Le poison se répandait lentement dans son corps. C'était sans espoir pour lui. Il était temps pour LG de passer aux choses sérieuses, et de préparer le retour de son maître. Il congédia son Epouvantard, et vit le capitaine de sa garde de sécurité entrer dans son bureau.

"Tout va bien, Monsieur ? demanda d'un ton professionnel l'homme.
- On ne peut mieux, Régis. Je dois m'absenter. Est-ce que le gaz est prêt ?
- Oui, Monsieur.
- Alors, déclenche-le. Tu utiliseras l'hélicoptère pour partir ensuite."

Régis hocha gravement la tête en sortant. Legrand-Catharsis s'approcha de la fenêtre, et sauta dans le vide, atterrissant sur son Sombral. C'était un magicien, mais il n'avait jamais désapprouvé certaines techniques efficaces des Moldus. C'est ainsi qu'il s'envola en sortant une petite télécommande avec un gros bouton rouge en son centre. Il appuya dessus sans le moindre regret. Le pauvre Régis, qui pensait succéder à Philozoar, mourut quand l'escalier sur lequel il descendait s'effondra, le faisant disparaître dans un abîme de flammes. Les bombes placées par Legrand sous les fondations de son château pulvérisèrent toute la structure. Celle qui était placée au-dessus du toit magique du hall fit s'effondrer une partie du toit sous les invités, les tuant. Quand il quittait son île, il vit de hautes torchères enflammées s'envoler dans le ciel. Il avait eu une soirée décimé tous les chefs de la ville. Le Maire, ses principaux adjoints, certains sénateurs, des chanteurs, des criminels endurcis, de puissants hommes d'affaires... Il l'avait fait sans hésitation, car son heure ici était finie. Il avait toujours considéré ce château comme une position intermédiaire avant de retourner servir le Seigneur des Ténèbres, et le moment était enfin venu.

*
* *


"Ah oui ! Oui, oui, oui, le Maître est mort ! Hahahaha, le Maître est mort, et c'est moi, Goffon, qui l'ait sauvé de ces terribles bêtes ! Oui, j'ai sauvé sa carcasse, mais c'est pour pouvoir la découper en morceaux, et la revendre. Le Maître est mort !" hurla la bête en se raclant bruyamment la gorge, laissant échapper un abondant filet de morve sur le macfarlane de Graymes.

Ce dernier n'était pas mort, mais considérablement affaibli. Indéniablement, il avait sous-estimé son adversaire. Il s'était attendu à un rude combat, mais avait totalement négligé la présence de mandragores, ou même d'un Epouvantard. Il avait été trop prétentieux. Les mandragores étaient très épineuses, et infestées d'un redoutable poison. Il le sentait se diluer dans son organisme, sans qu'il ne puisse rien y faire. Il ouvrit péniblement les yeux, en frappant la tempête de son serviteur avec sa lame.

"Maître ? Oh, Maître, vous êtes en vie ? Mais c'est merveilleux ! Je vous ai sauvé de ces horribles bestioles, Maître, je...
- Si... Silence, raclure de crapaud, et fais avancer cette barque jusqu'à Manhattan... V-Vite...
- Oui, mon Maître, tout de suite, mon Maître... Le plus lentement du monde, reprit-il en marmonnant avant de se recevoir un autre coup. Goffon fait de son mieux, mon Maître ! Mais la mer est agitée, et ce canot est mal en point, et mes petits bras ne me permettent pas de...
- Tais-toi, chiure, traître, laisse-moi panser mes blessures."

Goffon dut probablement se maudire intérieurement d'avoir sauvé le Maître près de l'Acromentula morte. Graymes se rappelait difficilement de son errance. Il avait mal au crâne, et revoyait la bête gigantesque fondre sur lui. Son pied avait fort heureusement rencontré la racine d'un arbre alors que le monstre tenait de le décapiter. Il était tombé et la bête avait filé au-dessus de lui. Impuissant, tremblant de tous ses membres, Graymes avait défié la terrifiante créature quand le monde avait explosé autour de lui. Il se sentit propulsé par un souffle de feu ainsi que l'Acromentula, qui percuta violemment un arbre, le découpant en deux avant que le bout du tronc ne se plante dans son flanc. La chance souriait encore au Commandeur, qui dévala, inerte, la colline, se relevant en avançant lentement vers le port. Goffon l'avait ensuite recueilli, le croyant mort. Il devait s'en maudire les doigts, ce qui fit rire Graymes. Son rire fut une sorte de croassement incompréhensible.

Le gnome se maudissait, et approchait de Manhattan. Mais des récifs se dressaient face à lui. Il avisait entre-temps l'eau à côté de lui, envisageant une stratégie pour s'en sortir tout en tuant Graymes. Il était trop affaibli pour porter un coup mortel avec son épée, et Goffon pouvait plonger rapidement dans l'eau, et nager jusqu'au rivage. Au pire, il ne recevrait qu'une légère blessure tout à fait supportable. L'animal fit travailler son plan dans sa tête tout en avançant vers plusieurs récifs, pesant le pour et le contre. Il choisit finalement de miser le tout pour le tout, et orienta le canot vers un récif, avant de plonger. Graymes ne le frappa même pas. Tout bourdonnait dans sa tête, une migraine terrifiante le paralysait, mais il voyait nettement le récif se rapprocher. Il maudit Goffon, et essaya de plonger dans l'eau avant que l'engin ne s'écrase contre le récif. Graymes échoua, et rebondit violemment contre le rocher, tombant dans l'eau, laissant une flaque de mare rougeâtre en dérivant au loin.


Rares furent les fois où Graymes frôla à ce point la mort. Et sa rencontre avec Legrand-Catharsis faillit bien l'emporter pour de bon. Les courants marins l'emmenèrent vers le large, où il se mit à dériver pendant la nuit en longeant la côte, voyant des rangées de falaises édentées dans sa fièvre. La mer le sauva également du poison de la mandragore de Legrand, l'eau froide empêchant sa température corporelle de monter de manière exponentielle. Son corps finit finalement par être coincé contre un ponton en bois, des kilomètres au loin. Utilisant les dernières forces qu'il possédait, il parvint à atteindre le rivage, où il tomba inanimé. A ce moment précis, sur la plage, une bande de jeunes organisaient une soirée animée autour d'un feu de camp, le genre de soirées où l'on se raconte des scénarios d'horreurs sur l'arrivée de bouchers avec des crochets faisant office de main, et où l'on boit sauvagement. Graymes gêna légèrement la fête, et fut emmené par l'homme jugé le plus responsable du groupe, c'est-à-dire celui ayant le moins bu, Hank, fils d'un fermier, qui le transporta sur son 4x4 vers le village. Il n'y avait pas d'hôpital dans le coin, aussi l'emmena-t-il dans le cottage de sa mère, une veuve qui travaillait tous les jours à la ferme pour empêcher les huissiers de saisir ses biens et la jeter à la rue.

Pendant de nombreux jours, Graymes erra entre la vie et la mort. Le poison lui dévorait le cerveau, et il dut s'accrocher à la vie pour survivre, faisant preuve d'une volonté de fer, qui parvint finalement à le sauver des griffes de la mort. Il se réveilla dans une petite chambre d'une maison tranquille, où il ne tarda pas à apprendre qu'il se trouvait dans une ville au nom bien étrange. Apocalypse. Elle n'était indiquée sur aucune carte routière, et ce pour une raison que Graymes ne tarda pas à comprendre. La femme qui l'avait sauvé, Clara, n'était pas native de la région, et s'était marié avec un homme, Lars, qui l'avait été, mais qui avait été tué en Irak. Apocalypse n'était pas une ville, mais un regroupement de fermiers isolé, vivant près de la mer, et près d'une épave abandonnée. Se remettant de ses blessures, il ne tarda pas à comprendre ce qu'était vraiment Apocalypse. Un ancien regroupement de sorciers et de sorcières qui avaient fui le monde des Moldus pour vivre dans leur propre communauté, selon des règles xénophobes auxquelles Clara n'appartenait pas. Une communauté qui avait récemment accueilli en son sein Legrand-Catharsis. Graymes retrouva en effet son Sombral, et finit par apprendre de la part de Clara, en l'interrogeant rudement, que ce dernier était rentré dans une épave. Les anciens du village affirmaient depuis des années qu'un être puissant sommeillait dans l'épave, pansant ses blessures, et qu'il était leur idole. Graymes savait de qui il s'agissait, et comprenait enfin qui Legrand-Catharsis cherchait si avidement. Graymes recommanda à Clara de partir avec Hank, ce qu'elle fit le soir même, alors que des éclairs zébraient le ciel, et qu'une pluie diluvienne tomba sur la région.

Spoiler:
Fragments de la Pensine de Graymes - 12 - Apocalypse

Les paysans l'observaient alors que Graymes marchait silencieusement vers l'épave qu'on apercevait au loin. Il les voyait depuis les perrons, leurs regards mauvais plongés sur lui, hésitant à sortir leur fusil de chasse pour en finir avec l'importun. Lui ne leur prêtait aucune attention. Personne ne s'opposerait à lui, nul n'en aurait le courage. Un éclair illumina le village sinistre. Des maisons maudites, où les parents inculquaient à leurs enfants les notions d'Antéchrist, priaient devant des croix inversées. Il avait vu leur temple en-haut, avec une croix inversée, et des autels dédiés à Lord Voldemort. Les cantiques chantaient l'honneur du Seigneur des Ténèbres. Il avait vu le passé tumultueux des habitants d'Apocalypse, les voyageurs égarés servant de victimes dans des rites sinistres, des rituels anciens dans des caves. Il était sûr de fouler un charnier de cadavres remontant des premiers sorciers ayant fondé cette communauté. Il se promit de revenir ici après.

Pour le moment, un mal plus grand l'attendait.

Il sortit de la rangée de maisons, aperçevant l'ancienne épave trouée. La pluie se mit à tomber, et il vit des vagues frapper la coque rouillée du bateau. L'eau était déchaînée, et d'immenses vagues heurtaient les falaises dans des craquements terrifiants. Le vent faisait voleter son macfarlane, les éclairs révélant ses multiples contusions au visage. Sa main était cramponnée autour un pommeau de son épée alors qu'il avançait sur le sable. L'eau atterrit jusqu'à ses bottes, alors qu'il monta sur l'antique ponton en bois menant au bateau. Le vent faisait trembler les lattes de bois, et il se dit que le ponton ne survivrait pas à cette nuit. Il marcha sans un regarder en arrière, tout en sachant que les habitants d'Apocalypse étaient là, juste derrière, l'observant silencieusement, leurs visages inexpressifs ne transmettant aucune émotion quelconque. Graymes sortit son épée, qui flamboya quand un autre éclair frappa la région. Plus tard, dans la nuit, un éclair atteindra l'une des maisons d'Apocalypse, provoquant un incendie qui ravagera une grosse partie de la vile. L'incendie détruira les protections magiques occultant Apocalypse au reste du monde, permettant aux pompiers et aux ambulanciers de venir, puis, par la suite, aux policiers, aux médias, et aux hommes politiques. Un journaliste parlera du "charnier de l'épave", expression qui sera consacrée.

Mais Graymes était bien loin de tout ça, bien loin de la vague médiatique, des débats sur l'impact du satanisme dans la société contemporaine, et des livres, qui s'abattront. Il ne pensait qu'à la créature rôdant dans les entrailles de ce navire rouillé, et monta sur le pont. Le vent faillit le faire tomber. Il voyait l'ancienne cabine du capitaine, pulvérisée, ainsi qu'une porte filant dans les abysses du navire. Le Commandeur s'en approcha, voyant un escalier s'enfoncer dans l'obscurité. Les éléments étaient déchaînés au-dessus de sa tête, et il eut tout d'un coup l'intime conviction, sans pouvoir se l'expliquer, que cette tempête n'avait rien de naturelle. Une vague gigantesque inonda le pont, trempant et glaçant Ebenezer jusqu'aux os, quand il sentit un souffle rauque jaillir des entrailles du navire. Shör-Gavan au poing, l'homme se dressa comme un rempart, et entendit des pas résonner sur l'escalier, montant lentement. Il vit les yeux flamboyants de haine, la longue chevelure blanchâtre, l'armure écarlate, qu'on prétendait faite de sang, les gants noirâtres dissimulant des mains aux proportions gigantesques, la longue épée pendant à l'une des mains. L'être gigantesque posa le pied sur la dernière marche, et leurs regards se croisèrent enfin.

Pelar Dann.

Aucune expression ne traversa leur visage. Les deux hommes se contemplèrent dans un silence absolu, uniquement troublés par les éclairs tonitruants. Aucun mot n'était nécessaire. Aucun mot ne pouvait suffire à expliquer ce que chacun ressentait pour l'autre. Quel mot était suffisamment fort pour évoquer à la fois dégoût, mépris, pitié, amour, peur, fureur, haine ? Car toutes ces émotions filèrent entre eux, et les liens anciens se reformèrent comme s'ils n'avaient jamais existé. Les souvenirs des cavalcades passées ensemble, de la complicité, du sentiment de compter sur quelqu'un. Ebenezer ressentit tout cela, mais fit face. Il ne recula pas, et brandit son épée entre les deux, mettant fin au lien.

"Tu ne passeras pas.
- Tu me laisseras passer, répondit l'individu sur le même ton affirmatif, chacun des deux exprimant en quelques mots toute leur détermination.
- Où est-il ?
- Où est qui ?
- Celui que je traque.
- Ah, lui ! sourit Pelar. Figure-toi qu'il m'avait proposé une alliance des plus étranges. Je pense qu'à l'heure où nous parlons, son corps, ou ce qu'il en reste, doit flotter près de la Floride. Il a lourdement souffert, si cela peut te rassurer.
- Est-ce censé me réconforter ?
- Laisse-moi passer, maintenant.
- Tu sais que je ne le peux pas.
- En vertu de quoi ? Du Chapitre ? De l'Ordre ? Ne me fais pas rire, tu craches sur ces faibles autant que je l'ai fait sur ce ridicule magicien qui prétendait pouvoir te remplacer. Alors, au nom de qui, Shari ? De ton maître, ce faible tué par les djinns ? De cette fille tuée dans un incendie ? Tu es tombé bien bas, Shari-Dann... Je suis ton frère, l'aurais-tu oublié ? Rappelle-toi nos chevauchées, nos sièges, la joie que nous ressentions en contemplant les villes réduites en cendres, les étendues de cadavres. Tu as beau mentir aux autres, affirmer que cela fait partie de ton passé, je sais ce que tu ressens quand tu sens entre tes doigts la vie d'un homme, et que tu la lui ôtes. Cette joie ancestrale, cette soif d'ivresse qui s'empare de toi..."

Graymes ne répondit pas, et se sentit fléchir en se rappelant le passé, la haute tour incendiée, le sourire de joie en sentant le soufre et la fumée, les hurlements d'agonie et de douleur. Mais la scène changea, et il se retrouva à Epitaph, dans le jardin, à l'automne. Les feuilles tombaient autour de la fontaine, et Graymes revenait, après un long voyage. La maison était condamnée depuis de nombreuses années, et plus personne vivait à Epitaph depuis bien longtemps. L'homme avança dans le jardin, vers le vieux puits transformé en fontaine, et vit une femme se retourner. Une femme à la beauté éternelle, qui lui adressa un sourire qui illumina à jamais ses rêves, un sourire qu'il n'oubliera jamais, se figeant dans un espace au-delà du temps. Graymes tomba à genoux.

"Maman ! Maman ! rigola Pelar. Est-ce là tout, Shari ? Tout ce que tu es devenu ? Un gamin demandant un câlin ?
- Maman... Pardonne-moi... susurra Graymes en sanglotant.
- Comme tu es décevant... Tu ne vaux pas mieux que ce magicien qui est venu me déranger dans mon sommeil.
- Une illusion ridicule, rétorqua Graymes en se relevant. Tu peux faire mieux que ça, Pelar.
- Il suffit ; laisse-moi passer, maintenant.
- Tu sais bien que je ne le peux.
- Tu es mon frère, même si tu crois le contraire. Jamais je ne pourrais t'affronter.
- Il le faudra bien. Car tu ne passeras pas. Ta route s'arrête ici.
- A quoi joues-tu, Shari ? Laisse-moi passer, te dis-je ! gronda Pelar. Laisse-moi passer, traître !"

La lame de Pelar siffla, et heurta violemment Shör-Gavan. Graymes faillit la lâche, et essaya de contre-attaquer, mais l'ennemi para avec aisance, et projeta sur sa personne des piques qui déchirèrent son macfarlane en plusieurs endroits. Mais Graymes tint bon, raffermit sa prise sur Shör-Gavan, parant le prochain coup de Pelar.

"Laisse-moi passer, Shari ! Je ne me répéterai plus !
- Non.
- Je pourrais te détruire si facilement, tu le sais. Tu n'es rien face à moi, tu n'es plus que le reflet de l'ombre de ce que tu étais jadis. A tel point que tu peines contre des mages ridicules. Tout cela est indigne de toi, mon frère. Ensemble, nous pourrions...
- "Ensemble" n'est plus. Tu es tout seul. Perdu dans la carcasse d'un rafiot pourri dans un village que nul ne connait, et qui sera la proie des flammes bientôt. Tu as joué avec des sorts qui te dépasse, Pelar, et tu en subis les conséquences. Ne crois-tu pas que je ne les ai pas vus ? Que je ne les ai pas sentis ? Ta lourde démarche, les rides qui traversent ton visage ? Il n'y a pas d'"ensemble", il n'y a jamais eu de "nous", il n'y avait qu'un service rendu à un autre. Tu as besoin de moi pour te revigorer, en vert du pacte ancien que nous avons passé dans les souterrains de Poudlard.
- Un pacte que tu ne peux remettre en cause !
- Je l'ai déjà fait.
- Non !! Tu es mon frère, Shari !
- Ce nom est révolu, Pelar. Comme l'est tout ce qui a un jour pu nous unir.
- Maudit sois-tu, Graymes, puisque c'est ce nom que tu désires obtenir ! Tu as raison, l'ancien pacte est révolu, et tout ce qui nous unit aussi ! Je te renie, Graymes ! En ce jour maudit, je te renie, et je considère que tu n'existes plus ! Médite sur ta folie, car le jour où nous nous reverrons, seul l'un de nous en ressortira vivant. Sache-le, Graymes ; je reviendrai.
- Je t'attendrai."

Pelar retourna dans les entrailles du navire, tandis que Graymes, en se retournant, marcha au milieu du pont. Il brandit sa lame en l'air. Un éclair jaillit du ciel, frappant Shör-Gavan, qui s'illumina de mille feux. Les éclairs frappèrent et tournoyèrent autour de lui, rebondissant sur le pont, circulant sur le ponton, le pulvérisant. Il vit l'incendie monter dans les maisons d'Apocalypse, vit les éclairs faucher les paysans, les démons aux visages humains dans des hurlements d'agonie, sentit les flots submerger le navire, l'eau lécher ses genoux. Et, entre ses mains, Shör-Gavan grondait et hurlait, les éclairs giclant tout autour. Il aperçut les cadavres calcinés, les femmes tentant de fuir les tornades qui apparurent, le cyclone qui fissurait les falaises, la puissance terrifiante d'une tempête infernale. Il vit les enfants démoniaques, jouant avec des organes vivants, hurler quand les flammes léchèrent leurs joues, les vieillards apaisés s'époumoner de peur quand la mort les faucha sur place. Dans un tourbillon de fureur, un souffle balaya Apocalypse, et une énorme vague fit soulever le navire, où il était échoué depuis des milliers d'années. Le navire se fissura en deux, sombrant dans cette redoutable montée des eaux, le pont s'enfonçant dans une mare verdâtre. Quant à Graymes, et pour l'une des rares fois de sa vie, il utilisa un Portoloin, et disparut, abandonnant Apocalypse à ses démons et à sa rédemption.


Les années s'écoulèrent, les blessures furent pansées et cicatrisées. Le Bien comme le Mal se remirent mutuellement de leurs cicatrices. Des élections municipales remplacèrent le défunt maire, de nouveaux criminels prirent la tête des réseaux organisés, de nouveaux juges remplacèrent ceux tués dans la destruction du château de Legrand-Catharsis, qu'une enquête classa en attribuant cela à une organisation terroriste fondamentaliste. Quant au Mal, il eut été simpliste de croire que la mort de Legrand-Catharsis aurait pu faire disparaître les crimes rituels et les sectes. D'autres Legrand-Catharsis apparurent, d'autres sectes se formèrent, d'autres mages noirs naquirent et se développèrent, d'autres monstres rôdèrent dans les rues dangereuses de New York. Et, toujours, se dressait solitairement, sans électricité, le 1, Montague Street, avec un homme qui attendait.

Il attendit pendant des années et des années, tandis que, dans le monde magique, les ennemis disparurent, à tel point que certains purent naïvement penser que la magie noire avait disparu. Mais l'occupant du 1, Montague Street, n'était pas dupe. Quelque part, dans le morceau d'une épave naviguant solitairement dans la mer, son ennemi rôdait, tapi dans l'ombre, pansant lui aussi ses blessures. Chacun des deux le savait : un jour, ils se reverraient. Et seulement l'un des deux en ressortirait. En attendant ce jour, le Commandeur allait là où le Mal rôdait. Son épée à la main, il luttait contre les sorciers, les monstres, les démons à visage humain, luttant en définitive contre lui-même. Ses pas durent un jour le conduire à Poudlard. Le Chapitre, avec qui il s'entretenait rarement, lui avait envoyé une lettre. Un corbeau noir s'était posé sur sa fenêtre, tapant contre le carreau. Plongé dans son immense fauteuil, contemplant un feu magique, il avait lu la missive. Il refusait les hiboux, qui laissaient plein de plumes dans sa maison. Il préférait les corbeaux, ces rapaces ailés et sournois. Il lut la missive, et la brûla, puis partit, sans prendre de Portoloin, mais le navire. Il suivit les ordres du Chapitre, comme l'avait jadis fait un jour un certain John Neery en se perdant dans le désert d'Arabie, où il continuait encore à se perdre.

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Message le Mer 3 Mar - 1:43  Ebenezer Graymes

CARACTÈRE ET PHYSIQUE

  • Caractère


Ebenezer Graymes est un homme sombre, sadique et cruel. Sa conception de la moralité est assez restreinte, et ce en raison d'un passé assez tumultueux (cf. le petit pavé ci-dessus), duquel il en résulte une personnalité trouble et déchirée. Graymes n'est pour autant pas quelqu'un de schizophrène, mais ses motivations sont assez difficiles à saisir, ce qui s'explique d'autant plus que lui-même ignore réellement pourquoi il agit en combattant ceux envers qui il se sent le plus proche. Il se rapproche en ce sens de la conception du héros d'Hegel : un homme mauvais et sombre, qui finit par réaliser qu'il vit dans un monde injuste, et fera tout pour le détruire, au risque de se condamner lui-même.

Malgré ses apparences sombres, son regard froid et glacial, son absence d'expression faciale, Graymes n'est pas quelqu'un d'inexpressif, ou d'inerte. Étant professeur, il connait toute l'importance de la communication dans les relations humaines, mais fonde sa communication, non sur l'empathie, mais sur la crainte qu'il inspire aux autres. Au niveau des généralités, il n'est pas d'un naturel susceptible, ni particulièrement gai, et cède rarement à la colère, parvenant toujours à se maintenir dans une espèce de calme surréaliste. Rien n'est cependant absolu : Graymes n'est pas quelqu'un qui prétend ignorer la peur, mais essaie de vivre avec elle, pas plus qu'il ne connait pas la joie, la tristesse, la mélancolie, ou encore la fureur. Il peut lui arriver de sourire, mais il est toutefois recommandé de ne pas être la cause de ses sourires, qui sont dès fois l'expression d'un plaisir pervers et sadique.

Quelques mots pour le définir : Sadique, Calme, Astucieux, Perspicace, Valeureux


  • Physique


Mince, grand et élancé, Ebenezer Graymes peut aisément être comparé à une sorte d'épouvantail spectrale. Il est assez maigre, et a pour habitude de toujours se déplacer avec un lourd macfarlane noir et un chapeau noir feutré, biens hérités de son maître. Il passe difficilement inaperçu avec cet accoutrement, mais est ainsi sûr que les gens se souviendront de lui. Ce macfarlane lui permet de plus de dissimuler bon nombre d'objets, notamment sa lourde épée, qu'il attache à l'intérieur de sa doublure à l'aide de sangles. Il peut lui arriver de porter des gants. Dans le cas contraire, ces doigts interminables sont terminés par des ongles noirs et pointus. Graymes est un homme qui fait relativement vieux, et qui peut ne pas sembler impressionnant de prime abord, à cause de son caractère maigre et vieux. Libre à chacun de le croire. Du point de vue de Graymes, les muscles ne sont guère utiles à un sorcier. Quand il ne porte pas son macfarlane, Graymes opte pour un style vestimentaire sobre et souvent démodé : chemises à carreaux, pantalons marrons... On ne le verra jamais, à moins qu'il n'ait rien d'autre à se mettre, se glisser dans un jean ou dans un Tee-shirt.

NOM DU PERSONNAGE

Origine : Parents moldus
Baguette : Shör-Gavan
Patronus : Un corbeau
Pouvoirs : Legilimens - Occlumens - Fourchelang
Gentil ou Méchant : Gentil (si, si)

AUTEUR

Star de l'Avatar : Peter Cushing
Âge et Date de Naissance : 19 ans (29/06/1990)
Prénom : Frédéric
Loisirs : Littérature, jeux vidéos, cinéma (pour résumer)
Remarque : Pour faire court, car j'ai déjà beaucoup parlé, je pense que j'ai atteint mon record en faisant cette fiche. Je ne pensais pas en faire une aussi longue, mais j'ai progressivement été emporté dans mon propre élan. Ebenezer Graymes est un personnage que je souhaitais incarner depuis fort longtemps, et j'espère avoir l'opportunité de le faire aussi bien que possible sur ce forum-là ! Tant qu'à faire, je tenais aussi à m'excuser du quadruple post. Je pense que je ferais bien plus court dans les RP (c'est même sûr), mais bon, la fonda' recommandait de faire long, alors...
Connaissance du forum : On m'a invité dessus, et nommé Admin sans même que je ne comprenne ce qui se passait... Difficile ensuite de partir !

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Message le Mer 3 Mar - 11:43  Pansy Parker

Présentation Validée ^^ et plutôt deux fois qu'une !
Une véritable biographie qui bien sûr méritera largement sa place au Panthéon des Meilleures Présentations !
Bievenue donc Professeur Graymes, Commandeur (enfin pardon, Hunter en langage sorcier populaire ^^)

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